Ne laissons pas la police sombrer dans la violence

Ce vendredi 15 novembre 2019, la Ligue des Droits de l’Homme, rejointe par de nombreuses associations et syndicats, donnait une conférence de presse sur le parvis de la Préfecture de Montpellier, afin d’alerter sur les conditions de maintien de l’ordre qui ont encadré la dernière manifestation des Gilets Jaunes à Montpellier. Lors de cette dernière, la plupart des manifestants ont subi une nasse parsemée de charges violentes, qui a duré jusqu’à deux heures et demi pour les derniers d’entre eux, alors que des interpellations très violentes se déroulaient sur la place de la Comédie (voir nos reportages sur les liens précédents).

La LDH avait informé les services de la Préfecture de sa démarche et demandé un rendez-vous avec le Préfet. En guise de réponse, ce dernier a envoyé des hommes de la CDI34 procéder à des contrôles d’identité sur les intervenants qui s’apprêtaient à donner cette conférence de presse.

Après que nombre d’intervenants aient été contrôlés, la conférence de presse a enfin pu avoir lieu. Lors de celle-ci la Ligue des Droits de l’Homme et les co-signataires de l’appel, tenaient à alerter la population sur les conditions qui ont entouré la dernière manifestation des Gilets Jaunes à Montpellier.

Le cortège a été dès son départ repoussé par les forces de l’ordre dans la rue Maguelone, déjà entièrement encerclée par un dispositif policier inédit et un canon à eau. Les forces l’ordre ont chargé la foule à plusieurs reprises, avec usage de gaz lacrymogènes et matraquage systématique. Les rues étant bloquées, il était impossible d’obéir aux demandes de dispersion et de fuir les violences, créant la panique pour toutes les personnes présentes – incluant enfants en bas âges, familles avec landau, personnes âgées, etc.

La LDH tenait à mettre le doigt sur l’impunité des pratiques policières, constatées par de nombreux observatoires, comme celui des pratiques policières de Toulouse (OPPT). Mais aussi sur les dimensions prédictive de l’action policière et préventive de la justice.

Des policiers de la BAC ont pu être identifiés alors qu’ils s’adonnaient à des violences sur deux manifestants. Nous avons pu recueillir le témoignage de ceux-ci, Sophie et Guillaume, frère et soeur. Choqués par le déferlement de violence qu’ils ont subi, ceux-ci nous dévoilent le déroulé des quelques secondes insoutenables qui ont suffi à les traumatiser, plusieurs policiers de la BAC les ont abondamment matraqués, roués de coups au sol, alors que Guillaume tentait de protéger sa soeur.

Les violences qu’ils ont subi ont pu être documentées par la LDH elle-même, et France 3 Occitanie :

Un street-medic blessé

Gillian, street-médic parisien, présent lors de l’acte 52 à Montpellier, vivait sa troisième manifestation héraultaise. Il avait connu sa première manifestation ici lors de l’acte 30. Pris dans la nasse, il s’est rapidement réfugié dans un hall d’immeuble. Comme nos reportages en témoignent, la BAC a rapidement été mobilisée pour déloger les personnes qui s’étaient réfugiés dans les restaurants ou les immeubles. Gillian, parmi d’autres personnes, a été chargé, matraqué et tabassé.

Ils voulaient prendre mon matériel de protection, mais je n’ai pas voulu. C’est le sixième masque à gaz que je rachète, au bout d’un moment ça devient un peu chiant… Ils ont réussi à le prendre par la force, le casque aussi.”

La force, a fait subir à Gillian un déboitement à la jambe droite. Il a été mis en arrêt professionnel. Il a d’abord été exfiltré par d’autres medics. Au début, les policiers ont refusé de le sortir de la nasse, avant que des négociations y parviennent. Gillian a alors pu être pris en charge par une équipe de pompiers.

Le street-medic parisien a été soigné dans le camion, et n’est pas allé aux urgences se faire hospitaliser, car il devait retourner sur la capitale, veiller sur sa mère atteinte d’un cancer, et qui a été touchée par la judiciarisation qu’a déjà subi son fils. En effet, ce dernier est convoqué pour son action en manifestation devant la justice (notamment pour violences contre dépositaire de l’autorité publique et participation à un attroupement en vue de commettre des dégradations), mais en tant que découlant d’un engagement street-medic, il apparaît peu probable que celles-ci soient caractérisées en procès. Il avait cependant subi une interdiction de manifestation à Paris.

Gillian est reparti ce jeudi soir pour la Capitale. A son arrivée à Marne-la-Vallée, des policiers procèdent à des contrôles au bout du quai. Ce sont surtout les personnes avec de grandes valises, ou non accompagnées, qui sont fouillées. Il subit lui même un contrôle, avec prise d’identité, fouille et palpations. Celles-ci amènent à la découverte d’un cache-cou. Gillian est emmené au poste, avec son accompagnateur, rapidement relâché, et est placé en garde à vue.

Ce même jour se déroulaient à Paris une manifestation liée aux hôpitaux publics et infirmier.e.s, et une autre en soutien à la rébellion chilienne actuelle. Ce seraient ces deux événements qui auraient justifié le placement en garde à vue de Gillian, pour 24h, en vertu de son interdiction de manifestation. Son cache-cou a été saisi en vue de son procès à venir, et un chef d’inculpation pour “dissimulation du visage” viendrait s’ajouter à son dossier. Gillian vit en banlieue, et il ne pouvait que passer par Paris pour rentrer chez sa mère.

Un bilan peu glorieux

Lors de l’acte 52 des Gilets Jaunes à Montpellier, quinze personnes ont été interpellées, dont neuf ont été déferrées devant la justice, notamment pour violences envers personnes dépositaires de l’autorité publique, et participation à un attroupement en vue de commettre des violences ou des dégradations. Deux mineurs ont été interpellés et placés en garde à vue, dont l’un est ressorti hors de cause au bout de 24h. Le second sera déferré pour trois chefs d’inculpation.

Six des personnes interpellées ont été relâchées sans aucun motif d’inculpation.

 

 

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