Ce n’est pas le “peuple” qui génère la Révolution, mais la décadence de ses élites

Notre collaborateur Ricardo Parreira était présent à Paris lors de l’acte 53 des Gilets Jaunes. Il a réalisé ce film immersif, intitulé “Macron, la chute de la démocratie et l’anniversaire des Gilets Jaunes”, à partir des impressionnantes images tournées ce jour-là. Celles-ci ont inspiré à la Mule cette analyse.

Un dispositif policier hors norme, une nasse géante sur la place d’Italie, noyée dans les gaz, des tirs de LBD40 à hauteur de visage, des yeux crevés, des journalistes gravement blessés, des personnes âgées attaquées, des grenades GLI-F4 lancées en cloche, et de désencerclement jetées dans les nuages aveugles de lacrymo, la BRAV-M et la BAC en roue libre, des CRS qui crachent et s’étouffent, des manifestants en malaise, des tirs tendus au cougar, des policiers infiltrés dans le bloc et qui mènent des interpellations sauvages, un Préfet qui annule la manifestation alors que la répression policière s’est déjà abattue depuis longtemps, en somme, un carnage.

C’est ce qu’aura été le premier anniversaire du mouvement Gilet Jaune à Paris. Alors qu’un cortège parti du nord de la Capitale, tentait de bloquer le périphérique avant d’être repoussé sans ménagement, peu après, une manifestation pourtant déclarée devait se tenir au départ de la Place d’Italie. L’autorisation donnée par la préfecture faisait visiblement fi des chantiers présents en nombre sur la place… De quoi donner pourtant de la matière aux vilains de l’ultra-gauche, et profiler ce qui s’apparentera alors à une véritable arène en dévastation, placée sous le feu continu des forces de l’ordre.

Prétextant la présence de « violents casseurs » avant même le départ du cortège, le Préfet a ordonné aux forces de l’ordre ce qui s’apparente à un massacre « non-létal » de l’ensemble de la foule. C’est à se demander si ce n’est pas un mort sur le terrain que cherche à atteindre le gouvernement. On aura rarement vu une violence policière aussi disproportionnée, sur un périmètre à la fois étendu et complètement contraint, nassé, sans voie d’issue. Comment s’émouvoir devant trois façades de banques et une stèle fracassées lorsqu’on assiste à ces images, que les massmedia occultent ?

En retour, la résistance des manifestants en black bloc aura été minimale et bien vaine. Et au milieu, les jaunes qui venaient célébrer leur premier anniversaire, ont été les véritables cibles d’un pouvoir qui craint visiblement le renouveau du mouvement à travers la grève du 5 décembre, et tenait à faire passer un message très clair et très violent, à l’ensemble de la population prête à se mobiliser.

Le dispositif policier mis en place par le Préfet Lallement, qui a déclaré plus tard « ne pas être dans le même camp » qu’une gilet jaune qu’il croisait sur la place, démontre sans aucun doute que ce n’est pas non plus dans celui de la démocratie qu’il se trouve. Ni dans celui des nombreuses personnes qui ont été très gravement blessées en conséquences directes de ses ordres. Ni même dans celui de ses hommes, mis en danger par la disproportion de leur action, par la toxicité de leurs gaz, par les pavés et le matériel de chantier abondamment mis à disposition des ultras. Ni dans celui des pompiers, qui ont dû intervenir de nombreuses fois au milieu des projectiles pour éteindre le mobilier de chantier en flammes. Alors dans quel camp est-il ?

Sans aucun doute dans celui d’une élite néo-libérale décadente, qui non contente d’avoir le champ libre pour augmenter encore sa part du gâteau économique en siphonnant par le haut comme par le bas les ressources, biens et services légitimes de la population, par son immixtion dans l’action de l’État verse de plus dans une violence sanguinaire, qui ne fait que révéler sa terreur face aux réveils des populations tout en accentuant ceux-ci.

Mettre sans hésiter le doigt dans une telle spirale infernale démontre bien la décadence et la gangrène qui se sont emparées de nos élites dirigeantes, aujourd’hui qui assument ouvertement le maintien de l’ordre violent et répressif qu’elles ont mis en place à travers une insupportable logorrhée toujours plus clivante et radicale. C’est une honte. Et si l’Humain, qui fait face à des défis sans précédents et globalisés, parvient à relever ceux-ci, il est de plus en plus certain que ce sera sans elles, et à leur détriment.

C’est pourquoi, nous appelons les personnes qui prennent part en quelque sorte, ou soutiennent le sommet de notre pyramide socio-économique, à questionner en elles-mêmes le sens de leur humanité, car il sera sans doute bientôt trop tard. Les alternatives aujourd’hui existent, et c’est toute une population grandissante, non pas proprement Française, mais mondiale, qui lutte pour le respect et le prolongement de ses droits. Historiquement, ce n’est pas “le peuple” qui génère la Révolution, mais la décadence et l’aveuglement de ses élites.

 

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