Acte 56 des Gilets jaunes – A Toulouse, la stratégie bien rodée des forces de l’ordre

Ce week-end, La Mule a tranquillement trotté jusqu’à Toulouse pour visiter quelques compaings. Elle en a bien sûr profité pour tâter le pouls du mouvement social dans la ville rose, à l’occasion de l’acte 56 des Gilets Jaunes. Une manifestation, qui dans l’effet de souffle du mouvement de grève, a réuni plus de deux mille personnes, avant d’être dispersée et qu’un jeu du chat et de la souris ne se lance entre Gilets et forces de l’ordre.

Les manifestants sont partis de la place Jean Jaurès pour rejoindre un cortège syndical qui s’élançait lui de la place Arnaud Bernard, et réunissait quelques centaines de personnes. L’ensemble a ensuite fait rebrousse chemin pour retourner sur Jaurès, où les Gilets jaunes ont un temps fait pacifiquement face à une ligne réunissant CRS et compagnie départementale d’intervention, avant de repartir en direction de la place Jeanne d’Arc.

C’est là qu’une première incursion vers l’hypercentre a été tentée par la tête de cortège, laquelle a été fermement repoussée par les forces de l’ordre à l’aide de grenades lacrymogènes. Les CRS sont alors rapidement intervenus pour disperser le cortège en noyant littéralement le boulevard Carnot dans les gaz lacrymogènes. Plusieurs groupements de manifestants sont partis à pas pressés dans des directions opposées, avant de tenter de se réunir en passant par de petites rues. Mais les forces de l’ordre étaient bien placées pour les repousser chaque fois, et les empêcher de se réunir entre Jaurès et Jeanne d’Arc.

A Toulouse, la stratégie des forces de l’ordre semble bien rodée, malgré une mobilisation reboostée par la grève nationale, et un certain regain dynamique du côté des manifestants. Face à des Gilets jaunes dont les efforts se concentrent sur l’accès au centre-ville, et notamment à la place du Capitole, interdite de manifestation, il suffit au Préfet de disposer un cordon interne hermétique, en déplaçant ses hommes au gré de l’itinéraire du cortège.

La topographie toulousaine explique aussi l’insuccès stratégique de ces rassemblements. La Garonne, dont les forces de l’ordre peuvent aisément contrôler les ponts, forme en effet un rempart à l’ouest, qui empêche le cortège de contourner le dispositif policier ou d’approcher le Capitole autrement que par la rive droite. Les Gilets jaunes tentent donc en vain des incursions vers le centre-ville, tandis que des forces de réserve forment une ceinture entre eux et le canal du Midi, et les poussent à se réunir à nouveau sur le boulevard Carnot où ils sont à nouveau gazés. Si les gilets fluos sont moins nombreux et que les blousons noirs sont désormais de saison, on pousse opportunément les manifestants à se disperser dans la foule et quitter la manifestation.

La Mule a du quitter les lieux vers 17h, mais n’a pas constaté d’interpellations ni de blessures graves, au-delà de l’incommodation des gaz. Jusque là, les tirs de LBD, et l’usage de grenades de désencerclement, ont été minimes, tout comme les interventions directes de la BAC ou de la CDI. Ce qui contraste très fortement avec la stratégie adoptée par le nouveau préfet à Montpellier, où chaque semaine, nasses, blessures et arrestations parfois arbitraires se multiplient lors de tentatives de dislocations violentes de la manifestation.

MAJ: Nous avons par la suite pu apprendre que quelques interpellations ont eu lieu en fin de journée, et quelques violences ont pu être documentées par certains de nos confrères.

Images : Razoksky, Jude.

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