Un GJ condamné à 30 mois de prison pour l’incendie de la voiture de police lors de l’acte 43

Le plaidoyer de son avocate, Me Aude Widuch, qui demandait la relaxe en raison d’un dossier trop maigre à ses yeux, n’aura pas suffi à convaincre le juge et ses assesseurs de l’innocence de R., gilet jaune “occasionnel“, qui contestait avoir incendié le véhicule de la police municipale, lors de l’acte 43 des Gilets Jaunes à Montpellier le 7 septembre dernier. L’homme était poursuivi pour des chefs supposés encourant jusqu’à dix ans de prison. Ce jour-là, une voiture de la police municipale inopinément garée sur le trajet du cortège de cet acte national à Montpellier, avait été caillassée puis incendiée peu après le début de la manifestation.

Depuis fin novembre, R. est en détention provisoire en l’attente de ce procès. La ligne de la défense a consisté à re-contextualiser le dossier d’enquête, qui a abouti à une interpellation tardive près de deux mois après les faits, suite à une information anonyme reçue par les policiers. Laquelle a abouti à des perquisitions lors desquelles du matériel de protection a été retrouvé, correspondant aux images de vidéosurveillance appuyant le dossier selon la procédure. R., qui dit manifester occasionnellement, nie toutefois avoir été présent près du véhicule, ni même avoir vu de ses yeux l’incendie en question.

Or, son avocate a constaté pouvoir remarquer le même équipement sur plusieurs manifestants présents sur les lieux, près de 300 personnes composant le bloc de cette manifestation nationale du 7 septembre 2019. Elle a également mis au jour une différence de teinte entre le casque retrouvé chez le suspect et celui des images. Les activités professionnelles de son client pourraient en outre justifier d’une partie de son attirail.

Me Widuch plaide la relaxe sur le fait qu’il n’y a pas d’identification formelle du suspect, et que l’action au demeurant, est l’aboutissement de dégradations commises par plus d’une trentaine de personnes. Du reste, elle démonte les relevés de bornage téléphonique sur lesquels s’appuient la procédure, qui n’a pas pris en compte l’étendue des périmètres potentiels couverts par les antennes concernées. Son plaidoyer aborde un éclairage qui n’a pas du tout été suivi par les juges au cours de l’audition, et tente de démonter le profil à la “black bloc” dressé par le réquisitoire, qui viendrait se différencier du bon gilet jaune là pour revendiquer ses droits.

La procureure quant à elle, avait en effet juste avant suivi une ligne très accusatrice, reposant sur les concordances entre les éléments retrouvés en perquisition et les images de vidéosurveillance, mais aussi sur des déclarations supposées contradictoires ou floues, d’un suspect dont on ne peut que constater le peu d’inclinaison pour la parole, bien qu’il ne démontre aucune mauvaise volonté à répondre aux questions. Question de caractère selon son avocate, une attitude au silence qui ferait de lui le “coupable idéal” attendu par les autorités suite à cette affaire qui avait été médiatisée nationalement.

Les parties civiles, pour l’entreprise Couget-Bernadas, qui exploite le commerce ayant été contaminé par les flammes de l’incendie et dont la façade remontait à 1869, réclamaient 3154€ (le reste étant payé par l’assurance), et pour la mairie, plus de 35000€, correspondant au montant d’occasion d’un véhicule équipé de la police municipale (50000 à l’achat).

Après délibéré, il apparait que les juges ont pleinement suivi le raisonnement du réquisitoire, et ont donc condamné R., qui avait un casier judiciaire mais inchangé depuis six ans, à une peine de trente mois de prison dont six avec sursis, deux ans d’obligation de mise à l’épreuve, et trois ans d’interdiction de manifester. Ils ont renvoyé la définition du montant des dommages et intérêts devant le tribunal civil. C’est l’une des peines les plus lourdes prononcées à Montpellier depuis le début du mouvement.

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