XR Montpellier repeint la Société Générale

Dans la nuit du 9 au 10 février 2020, des militants du groupe Extinction Rebellion Montpellier ont mené une action coup de poing contre les agences Société Générale du centre-ville, en couvrant vitrines et points de retrait de blanc de meudon et d’affiches. Le but, dénoncer “une banque profondément néfaste, tant au niveau écologique social que financier“. Après une opération de tractage et de sensibilisation ce samedi, l’action s’inscrit aussi dans la continuité du jugement de “rebelles” à Nice, pour des faits similaires.

Dénoncer la brutalité du capitalisme envers la planète et les humains

Elle fait aussi partie d’un faisceau d’actions différentes, coordonnées au niveau national contre la SoGé, à Lyon, Annecy, Toulouse, Bordeaux, Paris, Créteil, Rennes, Nantes, etc. La banque est accusée d’être un symbole du “système financier toxique“.

L’action initiale de Nice, datée du 26 octobre dernier, et dont les militants concernés ont subi garde à vue, perquisitions et déferrement en comparution immédiate, se voulait dénoncer une banque qui poursuit ses investissements massifs dans les énergies fossiles (gaz de schiste, sables bitumineux, charbon, forages) et met ainsi en danger les populations locales concernées.

De plus, la banque est pointée du doigt pour ses pratiques de “fraude fiscale à l’échelle mondiale, témoignages mensongers devant les commissions d’enquête parlementaires : autant d’arguments, selon XR France, qui font de cette banque un obstacle majeur pour inventer un monde plus juste, démocratique, décolonial et respectueux des limites de notre environnement“.

Une action aux effets limités par ses modalités

Si l’action semble s’être déroulée sans aucun accro, il n’en demeure pas moins que certains de ses aspects n’échappent pas à la critique. La presse n’a, pour des raisons évidentes de discrétion, pas été prévenue à l’avance de la tenue de celle-ci, et nous avons ainsi reçu un communiqué de presse en aval, proposant les photos que vous pouvez retrouver dans cet article.

La presse indépendante, à part peut-être lemouvement.info à Montpellier, n’aime pas trop en général se contenter de relayer un communiqué de presse. Des journalistes engagés pratiquent le terrain et sont tout à fait capables de discrétion lorsque cela est nécessaire. Aussi, ne nous étonnons pas si l’information est globalement peu reprise au niveau local, ou si elle l’est avec un certain retard ou à minima.

Ceci soulève en soi un problème un peu plus fondamental : cette action ne pouvait-elle pas justement, avoir lieu en plein jour, avec banderoles et slogans, face à la population et aux media réunis en nombre ? N’aurait-elle pas trouvé là son efficacité absolue ? Ne devons-nous pas aujourd’hui révéler au grand jour l’intensité de la lutte à mener, contre des élites qui se sont depuis longtemps radicalisées dans l’ultra-libéralisme ? Le blanc de meudon étant une surface qui se lave très facilement, il est ainsi presque certain que la population non militante ne sera que très marginalement touchée par l’opération.

De plus, les modalités de cette action (de nuit, toute en discrétion et rapidité) sont à mêmes de présenter pour les militants des risques d’interpellation voire de garde à vue, qui auraient pu rester totalement sous silence, du moins dans l’immédiat. Alors qu’une action menée en plein jour sous les yeux curieux des badauds aurait à l’inverse garanti une relative impunité, surtout si les media étaient présents pour mettre les autorités dans l’embarras.

Rappelons qu’en Catalogne, dans les années 90, des opérations coup de poing “argent gratuit” ou “je fauche!“, menées par des collectifs anti-capitalistes, proposaient à la population, en plein jour et sous les yeux des media, d’aller se servir dans les grands magasins et d’en repartir sans payer, tout en opposant une résistance farouche aux services de sécurité ou à la police.

On sent chez Extinction Rebellion une volonté certaine de radicalisation et de lutter de manière effective contre les géants du capitalisme qui précipitent notre planète vers sa fin. Cependant, on constate aussi peut-être une inexpérience qui va de paire avec cette fougue, et qui peut avoir tendance à limiter de fait les effets de ces actions pourtant radicales.

MAJ : au lendemain matin de l’action, l’agence SoGé de la place de la Comédie avait déjà été nettoyée, tandis que celle de Saint-Denis, qui n’est pas occupée par des employés, tenait encore.

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