L’humanité face à elle-même, une histoire de pandémies

Comme souvent avec les mots formés du grec ancien, le terme “pandémie” (pan : tous ; demos : peuple) invoque avec précision le sens de l’objet auquel il s’attache : une épidémie qui touche un immense ensemble de la population. Si les spécificités du coronavirus (forte contagiosité, fort risque de décès pour les formes graves, nombreux asymptomatiques contagieux) ont entraîné son impact politique, médiatique et économique, les pandémies ne sont pas des phénomènes rares et peuvent parfois passer presque inaperçues.

La grippe saisonnière voit ainsi régulièrement un nouveau virus parcourir le monde en entraînant le décès de centaines de milliers de personnes vulnérables, mais les taux de contagion ou de mortalité semblent globalement acceptés dans la société, malgré les dépenses de santé entraînées, peut-être parce que ces phénomènes épidémiques sont désormais prévisibles et endigués par la médecine moderne. C’est sans doute pourquoi dans un premier temps, les réactions politiques dans la communauté internationale quant à la propagation de la Covid-19, maladie dont ce coronavirus est responsable, ont parfois fait montre d’une certaine inconscience quant à ce qui était alors comparé à “une petite grippette“.

Ainsi, la grippe entraîne chaque année autour du globe environ 5 millions de cas graves, responsables de la mort de 300 000 à 600 000 personnes. En France, 10 000 personnes en moyenne en meurent chaque année. Les modes de transmissions de la grippe sont semblables à ceux du coronavirus (salive, surfaces), pour autant, chaque année on ne peut vraiment dire qu’une véritable politique de prévention soit menée de manière massive auprès de la population. Des précautions telles que le port généralisé du masque dans certains lieux publics ou dans les transports en commun, pourraient préserver les chances de survie des plus fragiles d’entre nous.

Lorsqu’une nouvelle souche virale grippale émerge, elle s’accompagne souvent d’un phénomène pandémique mis au tribut de l’absence d’immunité collective dans la population. Celui-ci peut entraîner l’apparition d’une nouvelle maladie dont il faut alors évaluer les diagnostics et traitements les plus efficaces. Les taux de morbidité ou de contagion sont alors généralement très supérieurs à la normale et on peut parler de pandémie lorsque la maladie atteint un ou plusieurs continents. La création d’un vaccin permet notamment de favoriser le phénomène d’immunisation collective qui permet d’enrayer la propagation. Dans le cas de certaines maladies extrêmement contagieuses telles que la rougeole, le taux de vaccination doit atteindre plus de 90% de la population pour être efficace.

Ce qui fait donc la spécificité de ce nouveau coronavirus, c’est qu’on ne le connaît pas encore très bien, qu’il n’y a pas de consensus sur la manière de le traiter, et qu’on n’estime pas correctement quel impact il pourrait avoir sur la population. Pour autant, de Boris Johnson et sa cynique prédilection pour l’immunité collective “naturelle”, à la cacophonie du gouvernement français acculé de critiques et qui peine à dissimuler les conséquences de son incompétence, en passant par la sous-estimation accablante du ravage du virus dans la population de Wuhan en Chine et les bouffonnades sinistres de Trump et Bolsonaro, les réactions et choix politiques ont varié mondialement avec pour corolaire commun la même triste réalité : les systèmes de santé publique débordés et exsangues laissent sur le carreau les plus fragiles et les plus pauvres.

Le nouveau coronavirus offre l’illustration d’une des premières réactions de ce que d’aucuns, depuis Emmanuel Macron lui-même jusqu’aux tréfonds conspirationnistes, se plaisent à nommer le “nouvel ordre mondial”, face à une menace universelle qui dépasse symboles et frontières. Mais le phénomène pandémique n’a rien de nouveau et la science, par la trajectoire de l’humanité, a eu de nombreuses occasions d’en cerner les contours. Face aux spécificités de ce début du troisième millénaire, petite histoire de la pandémie à travers l’humain.

L’économie et les guerres, terreaux des épidémies

Les épidémies, si elles ne sont pas spécifiques à l’être humain, ont cependant pris leur essor chez celui-ci lorsque des groupements de population sédentarisés assez importants se sont formés et mis en lien à travers le développement de l’agriculture, de l’artisanat et du commerce. En sommes, lors de la période néolithique. Par l’accroissement de l’exploitation des ressources, l’urbanisation et le développement de réseaux routiers ou navals transcontinentaux ont alors amplifié la fréquence et l’amplitude des phénomènes épidémiques, que l’Histoire a très tôt recensés.

On utilise souvent le mot peste comme un terme générique des pandémies de l’Antiquité ou du Moyen-Âge. Cependant, la première pandémie, ou “peste d’Athènes” décrite par Thucydide vers -420, semblerait être une pandémie de typhus venue du continent africain. Hippocrate décrit les symptômes de la grippe humaine lors de la même période. Tout au long de l’Antiquité, de nombreuses épidémies se produisent à l’échelle européenne et sont décrites par les historiens antiques. La description de certains symptômes a permis leur identification probable : variole, peste bubonique, paludisme, grippes…

Le développement de réseaux routiers entre le monde romain et le Proche-Orient à partir du 2ème siècle avant notre ère entraîne celui de nouvelles maladies en Europe telles que la lèpre. En 81, une épidémie de ce qu’on qualifie alors de pestis (probablement la variole) emporte l’empereur Titus. Un siècle plus tard, la peste antonine, décrite par Galien, apparait suite au retour d’Orient des armées romaines et se diffuse dans une très large part de l’empire. A cette époque, la médecine ne cerne pas encore le phénomène épidémique et n’est pas suffisamment uniformisée pour mettre en lien les symptômes qui surgissent.

La peste antonine, très bien renseignée par l’histoire et l’archéologie (on constate par exemple une multiplication des charniers et sépultures entre 166 et 189, une chute de la production monétaire) aurait fait plus d’une dizaine de millions de morts, avec un taux de mortalité estimé entre 10 et 15%, pour une population totale de l’empire de 64 millions d’habitants au début de la période. Certains historiens avancent l’idée que cette pandémie a contribué au début du déclin de l’Empire romain, qui aboutira à sa lente chute deux siècles plus tard.

En effet, dans certaines provinces, telles que l’Égypte, les sources archéologiques renseignent le dépeuplement de nombreux villages, ainsi que des difficultés économiques ou sociales qui émergent, telles que l’augmentation du brigandage ou des révoltes. Le Proche-Orient est également ravagé par la peste antonine, dont on retrouverait aussi des traces jusqu’en Angleterre. Face à la mort qui survient de toute part, ce sont les religions traditionnelles qui assurent l’interface. On consulte les oracles, on sacrifie, lors de cérémonies rituelles collectives qui favorisent la propagation des maladies. Les épidémies peuvent donc durer plusieurs dizaines d’années ou reprendre épisodiquement à travers les siècles, telles les pandémies grippales.

Dans l’Antiquité tardive, suite aux invasions barbares et à la restructuration des territoires européens à travers la propagation de la religion catholique en Occident, le commerce décline en Europe, accompagné d’une baisse de la récurrence des pandémies. Toutefois, l’une d’entre elles, la peste de Justinien, considérée comme première véritable pandémie de peste bubonique, s’est étendue sur plus de deux siècles, entre 541 et 767, et sur tout le bassin méditerranéen.

Probablement partie d’Asie centrale, par la route de la Soie la peste aurait rapidement touché Constantinople, capitale de l’Empire romain d’Orient, avant de se répandre progressivement à l’Est comme à l’Ouest en suivant les réseaux commerciaux et les zones de peuplement dense. En 590, la mort du pape Pélage II de la “mort noire” exacerbe la peur de la population romaine. La pandémie se déroule en suivant une vingtaine de poussées successives d’une dizaine d’années chacune, étalées sur deux siècles, et dévoile une concentration sur les zones d’échanges commerciaux que sont les littoraux ou les fleuves importants. L’absence de mesures efficaces explique la persistance dans le temps d’un tel phénomène.

La peste à Tournai (Crédits: Larousse)

Le Moyen-Âge, tournant de la lutte

Lors du Haut Moyen-Âge, certaines épidémies telles que la variole ou la lèpre tendent à s’essouffler, au bénéfice de la structuration des nouveaux systèmes féodaux consécutifs aux invasions barbares. Cependant, les nouveaux contacts avec l’Orient (la première croisade a lieu à la fin du XIème siècle) favorisent la réapparition de la lèpre. Le paludisme se propage depuis la méditerranée jusqu’aux marécages d’Europe du Nord. Cependant, les épidémies demeurent fréquentes et coïncident souvent avec des périodes de disette ou de famine, affaiblissant les organismes.

Mais c’est la seconde pandémie dite de peste noire qui va le plus marquer l’Histoire en décimant l’Europe au 14ème siècle. Alors que les querelles de successions entre l’Angleterre et la France ravagent l’Europe occidentale par des guerres incessantes, la peste bubonique emporte selon les endroits entre 30 et 50% des européens en cinq ans, entre 1347 et 1352, faisant entre 25 et 45 millions de victimes selon les estimations. Touchant tout le bassin méditerranéen, elle précipite la chute de l’Empire romain d’Orient, déjà considérablement affaibli par la poussée des Ottomans.

La peste noire, par sa violence, a profondément marqué la culture européenne du Moyen-Âge. On constate à cette époque un revirement dans la spiritualité catholique, qui se tourne de plus en plus vers un culte morbide trouvant son reflet dans l’art religieux. L’humain occidental à travers la crise de la peste questionne son rapport à la vie et sa fragilité face à une nature qu’il comprend à travers un prisme magique, une essence animiste. C’est l’époque du développement des ordres monastiques, du culte des saints martyrs, des prêches apocalyptiques, et une nouvelle fois, des cérémonies et processions censées favoriser la miséricorde divine tout en favorisant fortement… la contagion.

Transi de René de Chalon, Ligier Richier, v. 1545-1547

Si la peste noire a été très considérablement renseignée par ses contemporains, elle a aussi entraîné le développement intense de la médecine et de pratiques sanitaires nouvelles permettant d’endiguer la propagation de la maladie. Bien que la médecine de l’époque ignore tout du caractère spécifique de la maladie – un bacille transmis par une puce de rongeur – et considère parfois la peste comme une pourriture des humeurs due à une corruption de l’air, elle expérimente de nombreux traitements à base de plantes notamment. Un siècle plus tard, pour lutter face aux résurgences de la pandémie, l’Europe découvre les mesures de confinement, de quarantaine et de séparation des malades dans les hôpitaux.

Il est étonnant de voir alors que les mesures prises vont parfois plus loin que celles que l’on préconise aujourd’hui dans le cadre de la lutte contre le coronavirus : désinfection et fumigation des maisons, voire même du courrier et des monnaies, isolement des malades, fermeture de lieux publics tels que les théâtres, quarantaine des navires suspects, “passeports sanitaires” ou patentes maritimes, confinements qui peuvent durer plusieurs mois, voire années. La peste noire est prise très au sérieux.

On peut considérer que ces mesures ont pris plusieurs siècles à faire globalement effet et permettre la disparition de la pandémie de peste, dont on constate des résurgences jusqu’au 18ème siècle en Europe sans qu’on en ait alors cerné les propriétés scientifiques. Le bacille responsable de la maladie n’est en effet identifié qu’en 1895, par Alexandre Yersin, scientifique de l’Institut Pasteur.

La Messe de Saint Grégoire, mosaïque de plume sur bois, Mexique, 1539. Art aztèque “christianisé”.

Le monde “moderne” à l’épreuve des pandémies

La peste n’est pas la seule pandémie à s’étendre lors de la période moderne. La découverte de l’Amérique en 1492 entraîne l’apparition de nouvelles maladies en Europe, telle que la syphilis, et inversement. La variole et la rougeole déciment ainsi les populations amérindiennes bien plus que la violence cruelle des armées européennes. Le développement d’un commerce triangulaire entre Europe, Amériques et Afrique favorise les épidémies telles que le paludisme ou la fièvre jaune. L’esclavage et l’envoi en Amérique de populations africaines pour pallier au dépeuplement local participe aussi de ce phénomène. Par ailleurs, certaines épidémies plus localisées conservent leur vigueur. Ainsi estime-t-on qu’à l’abord du 18ème siècle la variole emporte près de 400 000 européens chaque année.

Alors que la révolution industrielle et notamment celle de la machine à vapeur n’arrangent rien aux phénomènes pandémiques, c’est la coopération internationale des puissants États-nations et empires coloniaux européens qui tente d’apporter des réponses scientifiques aux problématiques soulevées. Dès 1822, des règlementations sont émises en France pour lutter contre “l’invasion des maladies pestilentielles” sur le territoire. En 1851, la Conférence internationale de Paris fait adopter des mesures communes pour lutter contre la peste et le choléra. Elle entame un cycle de collaborations qui se poursuivra jusqu’en 1938.

La deuxième pandémie de peste prend ainsi fin au Proche-Orient après que l’Empire ottoman applique drastiquement les règlements européens. Alors qu’une troisième pandémie décime par millions la Chine et l’Inde au milieu du 19ème siècle, ces mêmes règlements préservent le bassin méditerranéen, qui ne connait que quelques milliers de morts. Toutefois, certaines pandémies telles que les sept épisodes de choléra asiatique que connait l’Europe à travers le 19ème, font toujours de lourds bilans : plusieurs centaines de milliers de morts.

A travers les révolutions industrielles l’Europe voit le développement de la classe bourgeoise, et à travers celle-ci, celui de la science et de la médecine. Se dessine alors une certaine différenciation dans l’impact des épidémies sur la population, et l’accroissement de certaines maladies qui ne vont plus toucher que les classes les plus pauvres, telles que la tuberculose (un décès sur six en 1918) ou les maladies liées à la qualité de l’eau telles que la fièvre typhoïde ou le choléra. Les pandémies de grippes continuent par ailleurs d’emporter de larges parts des populations et de se multiplier, tout en voyant leurs effets globalement plus limités qu’auparavant : la grippe russe de 1889-90 fait plus d’un million de victimes dans le monde, dont 250 000 en Europe, mais avec un taux de mortalité relativement faible.

Le progrès ne compense pas les effets de la mondialisation des échanges

Peu à peu, la science, grâce au perfectionnement des mesures de lutte contre les pandémies, et notamment de la vaccination, permet la baisse progressive de l’importance et de la récurrence de certaines maladies, dont on constate des résurgences notamment lors d’épisodes de guerre, qui favorisent à la fois l’affaiblissement général de la population, et les échanges entre groupements humains importants. Ce sont ainsi les bouleversements de la première guerre mondiale qui ont entrainé la grippe espagnole, qui aurait fait entre 50 et 100 millions de morts à l’échelle du monde. Alors que les efforts sont centrés sur les dépenses militaires, rien n’est fait pour enrayer l’épidémie (absence de vaccins, d’antiviral, d’antibiotiques pour traiter les complications infectieuses, de systèmes efficients de soin intensif) qui devient pandémie en 1918 au crépuscule de la Grande guerre, et emporte des millions de personnes sur tous les continents.

Toutefois, la grippe espagnole aura fait prendre conscience à la communauté internationale du caractère universel des pandémies, et de la nécessité de lutter globalement contre ces fléaux. Ainsi, la pandémie entraine-t-elle la création du Comité d’hygiène de la toute jeune Société des Nations, instance qui deviendra plus tard l’Organisation mondiale de la Santé. Si ces initiatives ne mettent pas fin aux pandémies, elles permettent la diffusion de mesures et de règlements sanitaires qui en diminuent la virulence.

Un hôpital dans le Kansas en 1918 pendant l’épidémie de grippe espagnole,
Wikimedia/Otis Historical Archives Nat’l Museum of Health & Medicine

En 1957, la grippe asiatique fait deux millions de morts. Onze ans plus tard, la grippe de Hong-Kong en fait quatre, dont 500 000 personnes juste pour ce territoire. Face à la résurgence de certaines maladies très violentes, comme la variole qui fait encore 50 millions de cas chaque année dans les années 1950, la communauté internationale multiplie les campagnes de vaccination. En 1979, l’OMS déclare la variole éradiquée. Il s’agit de la seule infection humaine et l’un des deux seuls virus mortels à avoir été éradiqués.

Dans le dernier quart du 20ème siècle, le SIDA, syndrome d’immuno-déficience acquise, dont le VIH est responsable, se propage depuis l’Afrique jusqu’à l’ensemble du monde. On estime que 25% de la population sud et est-africaine est touchée par le virus, avec une prévalence de 30% chez les femmes enceintes. Si les mesures de protection en matière sexuelle ont permis d’en limiter la propagation notamment dans le monde occidental, la maladie demeure toujours à l’échelle pandémique.

D’autre part, on constate la récurrence d’épidémies liées à la proximité entre le bétail et l’homme dans certaines régions, notamment asiatiques, comme le SRAS-Cov, qui a provoqué une épidémie en Chine en 2002, ou les grippes H1N1 ou H5N1, aussi connue sous le nom de grippe aviaire, et qui ont évolué en pandémies. C’est aussi le cas du virus Ebola qui s’est répandu en Afrique récemment, et touche initialement les primates ou les porcs. Les virus liés aux moustiques sont également toujours d’actualité, avec la fièvre Zika, qui a touché 70 pays en 2015, ou le Chikungunya, identifié depuis les années 1950, mais dont de nombreux cas ont récemment été importés en France de par ses territoires d’outre-mer.

Il n’y a pas pire aveugle que celui qui refuse de voir

Au regard de l’Histoire, les rapports entre l’humanité et les virus sont universels et aujourd’hui bien connus. A l’aune des caractéristiques récurrentes des phénomènes épidémiques, on peut donc estimer que les différences de courbes entre les différents pays touchés par le nouveau coronavirus découlent des mesures qui ont été prises par leurs gouvernants, tout comme de la rapidité et de la cohérence par lesquelles elles se sont vues appliquées.

Mais bien que l’être humain ait peu à peu enrichi toujours plus ses connaissances scientifiques et pu mettre en lien de nombreux domaines de compétences pour parvenir à enfin lutter efficacement contre les épidémies, il est une constante qui traverse les âges, les états-nation, les empires et les royaumes : le retard à l’allumage, face aux premiers signes de l’évidence. Le déni, parfois la persécution, des lanceurs d’alerte. Jadis, l’humain avait sans aucun doute l’excuse de l’ignorance, de l’obscurantisme dogmatique de ses sociétés, pour expliquer la virulence des pandémies qui ont décimé ses rangs.

Aujourd’hui, nos dirigeants n’ont plus cette excuse là pour s’absoudre de l’impréparation manifeste de notre société face à un phénomène pandémique. Pire, si des préconisations sont depuis longtemps émises par des instances nationales tant qu’internationales, alors que le début du 21ème siècle a eu plusieurs phénomènes d’alerte, celles-ci ont été successivement enterrées par nos gouvernements, qui se sont acharnés à affaiblir notre système de santé en l’essorant par leurs politiques d’austérité scandaleuses. D’où la pénurie immédiate de masques de protection, tant à destination de la population que de nos soignants. D’où la surcharge des hôpitaux publics, les évacuations de malades vers l’étranger. D’où le manque de respirateurs et de lits en réanimation.

Face à la crise, le réflexe pavlovien de notre élite libérale qui voit s’effondrer le petit magot de la bourse est naturellement de faire appel à l’abject socialisme pour venir lui sauver la mise. Les pays du G20 vont ainsi introduire dans leur ensemble près de 5000 milliards dans l’économie mondiale pour sauver les marchés. Et à ce jeu là, Emmanuel Macron est le parfait Robin des Bois de notre élite économique : non content de voler aux pauvres pour donner aux riches, il profite des airs du temps pour s’assoir sur le code du Travail et imposer un fonctionnement ultra-libéral absolu à l’économie dans le but de relancer celle-ci.

On l’a vu, les épisodes pandémiques peuvent durer des années, et notamment en fonction du volontarisme de la réponse qui y est apportée. Mais même si cette dernière est résolue, jamais une société n’est à l’abri de la résurgence du phénomène tant les virus ont la particularité de muter et d’entrecroiser leurs souches. Et l’être humain, de relâcher sa vigilance… On comprend désormais mieux pourquoi le gouvernement a fini par abandonner sa réforme des retraites. A quoi bon s’embourber dans une crise politique alors qu’on va pouvoir allègrement esclavagiser le bon peuple et en mettre plein les poches aux copains pour une durée renouvelable et indeterminée ?

L’humanité face à elle-même

Le recul de l’histoire montre combien les phénomènes épidémiques sont corrélés à des crises économiques ou politiques. Non pas qu’ils en découlent nécessairement, mais bien plus, forment avec celles-ci un ensemble enchevêtré, où les bouleversements démographiques des pandémies viennent précipiter l’effondrement de systèmes politico-économiques gangrénés et semblables à des fruits pourris. Bien souvent dans l’esprit humain, les mythes et les symboles viennent prendre le pas sur la réalité et extrémisent le fonctionnement des sociétés humaines. Le libéralisme, religion qui se fonde sur le mythe de la croissance, trouve ainsi dans la destruction mondialisée de la planète la limite finale de sa conception intellectuelle. Le dérèglement climatique que celle-ci engendre et notamment la fonte du permafrost est prompt à libérer dans notre environnement des virus ou bactéries qui peuvent nous être inconnus, et à favoriser leur propagation.

Le coronavirus, comme la peste noire en son temps, vient accompagner le nécessaire changement de paradigme que l’être humain va devoir accomplir. Il participe d’un mouvement global impulsé par la nature, face à notre expérience collective de la vie et de la réalité. Le Moyen-Âge, souvent vu comme une époque de misère et de dévastation, à travers son expérience de la mort aura pourtant été le ferment de la Renaissance et de ses accomplissements, berceau de la pensée libérale qui prendra son essor dès l’époque moderne pour aboutir au renversement du “tout-État”, la monarchie absolue.

A travers son développement, l’idéologie libérale aura sans doute permis un accroissement exponentiel du progrès, divinité absolue de son panthéon, au détriment d’une destruction industrielle de notre environnement. Mais les mythes et les symboles qu’elle porte sont aujourd’hui devenus insensés et précipitent la décadence d’un modèle occidental aveugle. Comme en 1347, il est aujourd’hui l’heure d’en tourner la page et de réinterroger notre rapport à la vie comme à notre propre nature, à questionner le fondement de notre humanité, sans quoi les conditions de notre survie ne seront plus globalement réunies.

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