Covid-19 : solidarité Ultra’

Montpellier : Les « Ultras » de la Paillade ouvrent une cagnotte de soutien au personnel soignant. Déjà plus de 11 000 euros récoltés. Un message de soutien est apparu ce dimanche après-midi devant le CHU de Lapeyronie.

Un autre combat.

Toutes les compétitions sportives sont suspendues en Europe depuis le début de la crise sanitaire. Malgré les confinements, les groupes d’Ultras restent actifs, apportant leur soutien au personnel soignant. Les Pailladins, à l’instar de leurs homologues européens, ont lancé une cagnotte le 26 mars 2020 à destination du personnel hospitalier de Montpellier.

A la mi-mars, à Bergame, en Italie, les Ultras de l’Atalanta avaient décidé, après l’annulation du match Valence-Bergame, en Espagne, de reverser l’argent engagé par les supporters pour leur déplacement, au profit de l’hôpital de leur ville. Ils ont également ouvert des cagnottes en ligne et récolté plusieurs dizaines de milliers d’euros. L’un d’entre eux nous explique que ces dons ont été reversés à l’hôpital Papa Giovani XXII de Bergame, ainsi qu’aux capucines de la Mère Rubatto, une congrégation religieuse féminine enseignante et hospitalière. Leur groupe a aidé à la construction, à Bergame également,  d’un hôpital temporaire.

Quelques Ultras de la Curva nord de Bergame aidant à la construction d’un hôpital temporaire.

Les Ultras, de par le monde, ont en commun cette impulsion de solidarité. Ils sont prompts à s’organiser pour faire face aux catastrophes. Que ce soient des inondations, des séismes, des incendies ou le Covid-19, ils bénéficient d’un réseau interne, qui, malgré leurs rivalités, permet de déployer une grande force d’audience et d’action. Par exemple, après le séisme de L’Aquila en 2009, plusieurs groupes se sont réunis pour agir concrètement :

« Avec les volontaires du service alpin et de la protection civile, ils ont creusé parmi les débris des maisons qui venaient de s’effondrer[…] Avec des pelles et des pioches, parfois à mains nues […] Des Pouilles à la Vénétie, les Ultras ont décidé de venir sur le terrain. »

Nous voyons aujourd’hui, de la part de tous ces groupes, de nombreux messages de soutien aux soignants. Ils viennent les afficher sur le terrain, et des banderoles apparaissent devant les hôpitaux partout en France et en Europe, Milan, Berlin, Amsterdam, Sofia, etc. Ils lancent des cagnottes, récoltent du matériel, viennent prêter main forte. Ces différentes formes d’aide, spontanées et structurées, mettent en lumière la force et l’efficacité de ces groupes, lors de situations de crise.

Pourtant, le mouvement n’a pas toujours trouvé grâce aux yeux de l’opinion publique, et encore moins de ceux de la presse. L’engagement des Ultras, leurs idéaux et leur fonctionnement sont souvent perçus par l’unique prisme de la tristement célèbre « violence des supporters », qui fait si souvent parler d’elle dès lors que deux groupes rivaux en viennent aux mains.

« Tifo e violenza »

 

Les Ultras n’ont jamais renié la violence, elle fait partie du mouvement. Mais au-delà de leur réputation, faite par les média et l’opinion publique, ils sont aussi un rassemblement d’individus aux idées variées, parfois opposées, aux niveaux idéologique, politique et social. Malgré ces différences, ils n’en sont pas moins des groupes auto-gérés, qui revendiquent leur indépendance à tous niveaux, que ce soit face au foot-business ou au(x) « système(s) » en général.

Leur aptitude à la confrontation physique a parfois été un rempart contre certaines formes de violences d’État. Souvenons-nous des « Printemps Arabes » où, en Égypte entre autres, les Ultras d’Al-Ahly ont résisté, en tête de cortège, aux assauts d’une police déterminée à mater sa population, protégeant ainsi nombre de citoyens venus s’opposer au régime de Moubarak.

En août 2010, un incident va marquer l’histoire des Ultras d’Al-Ahly. “A la sortie du match contre Kafr el-Sheikh, 21 policiers se retrouvent sur les brancards”, raconte Mathieu Ropitault. L’opinion publique comprend alors que le régime n’est pas invincible”                                                              

>Présents en tant qu’individu et non au nom de leur tribune, leur état d’esprit absolument indépendant a pu servir d’exemple à ceux qui combattaient à leur coté, ouvrant la voix à une forme de résistance.

D’autres preuves du poids de la solidarité des Ultras ont été médiatisés, comme en Algérie pendant la « Révolution des sourires », où des groupes rivaux, se sont retrouvés dans la rue pour s’opposer au cinquième mandat de Bouteflika. Ou encore en Ukraine pendant la révolution en 2014, lorsque les différents groupes du pays se sont unis pour défendre les opposants au président Viktor Ianoukovitch.

Une société contre l’État?

En France, depuis la première loi “anti supporter” (Loi Alliot-Marie) en 1993, l’État n’a eu de cesse de renforcer ses moyens de répression.

Caméras, stadiers, SIR (Section d’Intervention Rapide) CRS et BAC, les jours de match. Interdictions de stade, contrôles judiciaires, amendes et prison en cas de condamnation. Interdictions administratives de stade, sur l’unique décision du préfet ; mesure qui punit un délit qui n’a pas été commis. Et enfin, interdictions de déplacements ; arrêté préfectoral qui contraint la totalité des supporters d’une ville.

Dans chaque pays où les Ultras s’organisent, la réponse de l’État est toujours forte, oppressive et violente. Certains pourraient voir dans ces dispositifs un aveu de la part des dirigeants. Celui de la crainte d’une puissance populaire auto-gérée.

Depuis le début de la crise sanitaire, le traitement médiatique qui leur est réservé est positif dans beaucoup de journaux régionaux en Europe. Ces deux traitements médiatiques reflètent la complexité du mouvement Ultra. Ces dernières semaines, la crise sanitaire a mis en avant un aspect parfois ignoré du mouvement, qui se lie avec force au combat contre la pandémie.

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