Dérapage du préfet Lallement, l’incarnation du déni macronien

Stupeur dans la Macronie ! Au matin, ce vendredi 3 avril 2020, le préfet de police de Paris Didier Lallement vient produire devant les caméras des chaînes d’information en continu l’une de ces petites “démonstrations de force” dont il fait désormais un usage coutumier dans son incarnation voulue autoritaire du pouvoir. Annonçant un renforcement des contrôles policiers à l’approche des vacances, Lallement prévient les parisiens “qui persisteraient sur leur intention stupide” de partir en séjour pascal.

“Nous serons là au départ, nous serons là pendant le trajet et nous serons là à leur arrivée”

Un vocabulaire martial et menaçant qui revient de manière récurrente dans la bouche du préfet de police, dont on se souvient des propos tenus à une gilet jaune, au lendemain du premier anniversaire du mouvement dont les forces de l’ordre avaient fait une véritable boucherie : “Nous ne sommes pas dans le même camp.

Didier Lallement est à l’image de la pratique du pouvoir depuis que la realpolitik vient puiser chez Machiavel les instruments de domination de la population dont elle a besoin pour imposer ses visées ultralibérales : brutale et aveugle, clivante et autoritaire, et caractérisée par une distorsion de la réalité permettant le déni des responsabilités portées par ses protagonistes.

Cette pratique avait jusque-là trouvé son paroxysme dans la gestion de la crise du mouvement fluo, avec la légitimation de violences policières inouïes et inédites dans notre histoire contemporaine pour imprimer une peur générale à la population, qui s’est accompagnée d’une dénégation permanente, frisant parfois au ridicule, de leur réalité pourtant incontestable. On se souvient de Castaner annonçant l’assaut de l’hôpital de la Salpêtrière, alors que les manifestants nassés fuyaient le tabassage en règle auquel les soumettait la police.

Les crises ne sont pas le fort du gouvernement macronien, qui s’imaginait peut-être passer un quinquennat tranquille à réformer à vitesse grand V ce pays si archaïque et coincé qu’est la France pourtant 6ème puissance mondiale… Avec le Covid-19, il semble bien que nos dirigeants perdent à nouveau les pédales face à cet inattendu qu’ils voudraient nommer “imprévisible” au mépris de leurs responsabilités quant à la santé publique.

C’est donc en stigmatisant la population que le gouvernement tente de camoufler le retard certain qu’il a pris à réagir face à la situation, et la gestion calamiteuse qui s’en est suivie, faisant apparaître de nouveaux conflits d’intérêt certains entre politique et sphère économique, cette fois liée à la pharmaceutique. Nos ministres pantouflards semblent bien cimentés aux intérêts de ceux qui les ont nourri au grain de longues années.

Dans ce système qui s’apparente à une bande organisée, le préfet Lallement fait à la fois figure d’hoplite et de vilipendeur. Bras armé des politiques répressives, il assure une stigmatisation nécessaire de la population pour écarter la responsabilité du gouvernement dans le déroulement de la crise. Mais cette fois est-il allé peut-être un peu loin dans ses déclarations matinales :

Ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés, ceux qu’on trouve dans les réanimations, ce sont ceux qui, au début du confinement, ne l’ont pas respecté, c’est très simple, il y a une corrélation très simple.


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Non, monsieur Lallement. Ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés, ceux que l’on trouve dans les réanimations le sont parce que le gouvernement a dans un premier temps et alors que les premières contaminations avaient sans doute déjà cours sur notre territoire, minimisé voire dénié l’existence d’une potentielle crise. Parce que, conscients de la pénurie de masques de protection, à destination des soignants comme de la population, des ministres et porte-paroles ont enjoint la population à ne pas en porter, les considérant comme inutiles et faisant de la France la risée de la communauté internationale.

Parce que, erreur politique fatale et augurant d’une raclée électorale pourtant prévisible, le gouvernement a tenu à maintenir le premier tour des élections municipales, et fait des isoloirs et des urnes des viviers de contamination en plus de consacrer le “mirage LREM” en recomposant le paysage politique traditionnel… Ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés ou en réanimation le sont parce que toutes les politiques impulsées par nos gouvernants depuis des décennies n’ont fait qu’affaiblir notre système de santé et le mener droit vers une privatisation qui promet une mercantilisation de la vie.

Symbole de ce déni de responsabilités, s’il a présenté ses excuses, M. Lallement n’a pas jugé bon de démissionner. Tout comme M. Castaner pourtant mis face depuis de nombreux mois à la réalité des violences policières, qui elles, n’ont pas cessé avec le confinement. Madame Buzyn, dont la carrière politique aurait du s’arrêter à la gestion de cette crise du coronavirus, trouvera-t-elle sans doute un bon recasement de service.

Si ce déni généralisé persiste aujourd’hui dans la crise du Covid-19, c’est bien que nos gouvernants sont conscients de leur incompétence en la matière. L’action qu’ils mènent n’a rien à voir avec la gestion juste, compétente et équitable d’une société démocratique. Ils sont notamment là, parmi bien d’autres raisons qui participent de la logique ultralibérale, pour mener à bien la transformation d’un modèle de santé initialement égalitaire et délié des logiques de marché, vers une marchandisation des soins symbole de pactole économique pour les intérêts privés privilégiés et dominants.

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