Covid-19 : Non, l’usage du Rivotril ne légalise pas l’euthanasie

Le 28 mars, le premier ministre Édouard Philippe et son ministre des solidarités et de la santé Olivier Veran, promulguaient un décret étendant la prescription du Rivotril sous forme injectable aux patients atteints de la Covid-19. Depuis, une polémique enfle sur les réseaux sociaux au travers de plusieurs posts ou de vidéos mis en avant par des pages, groupes, ou des media parfois très suivis. A travers ce décret, il s’agirait d’une légalisation cachée de l’euthanasie. Une réaction qui repose en fait sur un amalgame entre euthanasie et soins palliatifs en fin de vie.

Joint par nos soins, un médecin montpelliérain mobilisé sur la Covid-19 nous explique : “Il y a un protocole très précis de soins de fin de vie, que l’on appelle aussi soins palliatifs. On le déclenche quand on considère que quelqu’un est inéluctablement en “fin de vie” et qu’il faut l’aider à ne pas souffrir de sa propre mort. Surtout en insuffisance respiratoire [entrainées par la Covid-19], qui peut donner lieu à des morts très douloureuses. Ce n’est pas la peine de laisser un patient dix jours dans l’asphyxie. Ce n’est pas qu’une procédure contre la douleur physique, mais aussi morale, qui vise à soulager la conscience de la douleur, du stress.

Plusieurs produits sont admis à l’usage de ces soins palliatifs, encadrés par la Loi du 2 février 2016 sur la fin de vie qui permet une sédation profonde jusqu’au décès sur demande du patient en fin de vie, mais aussi lorsque celui-ci ne peut exprimer sa volonté, pour lui éviter un inutile acharnement thérapeutique. Le décret promulgué le 28 mars vise en fait à étendre au Rivotril ce même usage dans le cadre de la Covid-19. “Que ce soit de l’Hypnovel, du Rivotril ou autre, c’est pareil. Il est possible que certains produits soient en tension” au niveau des stocks, et que cette extension au Rivotril vienne donc suppléer au plausible manque à venir en produits de soins palliatifs.

Lorsqu’il prescrit la spécialité pharmaceutique mentionnée au premier alinéa en dehors du cadre de leur autorisation de mise sur le marché, le médecin se conforme aux protocoles exceptionnels et transitoires relatifs, d’une part, à la prise en charge de la dyspnée et, d’autre part, à la prise en charge palliative de la détresse respiratoire, établis par la société française d’accompagnement et de soins palliatifs et mis en ligne sur son site.

C’est le médecin qui décide du placement en soins palliatifs, ou le médecin coordinateur dans le cadre des EHPAD, et ce lorsque la mort du patient, comme ses souffrances, sont inéluctables. Nous ne sommes donc pas là face à une légalisation cachée de l’euthanasie, mais bien à une extension des possibilités de soins palliatifs déjà existantes.

MAJ 04/04/2020 17h50 : à la suite de la publication de cette article, certains de nos lecteurs et notamment soignants, ont tenu à nous témoigner de leur situation à travers cette actualité. S’ils distinguent bien évidemment le rôle des soins palliatifs de l’euthanasie, ils mettent en revanche parfois l’accent sur le nécessaire “choix” ou “tri” qui pourrait avoir lieu, face à la surcharge des hôpitaux, à la pénurie de respirateurs ou de certains produits pharmaceutiques, ce qui aurait motivé la promulgation de ce décret.

 

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