En plein confinement, le mouvement social veut réinventer le 1er mai

Alors qu’annonce a été faite du prolongement du confinement jusqu’au 11 mai 2020 et de la réouverture des crèches et des écoles, nombreuses sont les voix à mettre le doigt sur la dangerosité absurde que représente cette décision tant il est difficile d’imaginer les enfants d’un certain âge respecter gestes barrières et distanciation sociale. En outre, certains pays qui avaient entamé leur déconfinement ont du faire machine arrière face à une deuxième vague épidémique, tel le Japon qui a réouvert ses écoles le 6 avril, puis les a fermées à nouveau une semaine plus tard.

Tandis que l’effondrement unanime des marchés annonce une crise économique d’ampleur mondiale, il est à douter que l’objectif premier de la décision du gouvernement soit, comme l’a crânement évoqué Macron lors de sa dernière élocution, d’empêcher les inégalités entre élèves de se creuser. Le fondement de la politique néolibérale menée par nos gouvernements successifs et qui n’a fait qu’accroître les inégalités sociales et économiques dans notre pays contredit de facto cette assertion. L’idée est donc bien plus de remettre la population au travail pour éviter aux investisseurs et actionnaires le maximum de pertes possibles, au détriment de la santé de chacun.

Le choix de la date du 11 mai permet au gouvernement d’éviter une mobilisation sociale sans précédent pour ce 1er mai 2020, fête des travailleurs, alors que le secteur médical a d’ores et déjà annoncé qu’il serait dans la rue aussitôt la crise terminée, pour revendiquer une politique de santé juste et efficace et dénoncer la négligence manifeste et la responsabilité du gouvernement dans la gestion chaotique de cette pandémie.

De plus, depuis le confinement et alors que des milliards d’euros sont promis aux entreprises sans contrepartie, les chiens de garde médiatiques du pouvoir aboient les uns après les autres pour réclamer un assouplissement (entendez plutôt une annihilation) du code du Travail… Et ce, alors même que la crise a révélé l’importance dans la société de ceux qu’on appelle désormais avec hypocrisie les “premiers de tranchée” après avoir été les “derniers de cordée” dans la bouche de Macron.

Quelle qu’en soit la date, la prochaine mobilisation sociale risque donc d’être explosive, et le gouvernement a tôt fait de se prémunir d’un 1er mai qui aurait pu symboliquement faire converger les nombreuses forces qui tendent à lui opposer une résistance farouche. Cependant, le confinement ne fera pas disparaître cette date primordiale, car syndicats, militants ou gilets jaunes discutent dès à présent de façons alternatives pour lui permettre d’exister malgré tout.

Des gilets jaunes veulent se réapproprier la rue

Depuis le 17 novembre 2018 et sa subite apparition, les réseaux sociaux sont un baromètre intéressant du mouvement des Gilets jaunes. Dans de nombreux groupes de discussion sur Facebook, les débats, s’ils ont longtemps montré l’instinct responsable des Gilets jaunes face à la crise pandémique, tout comme leur soutien sans faille au personnel hospitalier (et en particulier au Pr. Raoult), tendent aujourd’hui à évoluer vers une volonté de retourner dans la rue, avant même la fin du confinement.

Alors que les Français apparaissent de moins en moins favorables au confinement et mettent en doute les conditions de son achèvement, des groupes et événements se sont créés sur les réseaux pour appeler à manifester le 1er mai en dépit de l’interdiction, rassemblant notamment de nombreux gilets jaunes, prêts à prendre le risque de la contamination pour manifester leur colère face au gouvernement.

Vu la multiplication des violences policières pendant ce confinement, il n’est pas à douter de la détermination de celui-ci à continuer d’user de sa police de manière répressive. Macron ayant annoncé que les grands rassemblements ne pourront se tenir avant la fin de l’été, on peut craindre une répression féroce si des manifestations se tiennent lors de cette fête du Travail interdite.

Les syndicats appellent les Français à manifester… depuis leurs balcons

Pris en étau entre la symbolique de cette journée et l’interdiction due au confinement, les syndicats dansent à cloche-pied et adoptent la politique du moins pire. Dans un communiqué, la CGT, FSU, Solidaires, Fidl, MNL, Unef, et UNL, appellent à manifester avec des banderoles et pancartes laissées aux fenêtres et balcons, et à envahir les réseaux sociaux pour donner vie numériquement à cette mobilisation, et rendre hommage “aux invisibles de notre société”, à ceux qui “n’ont pas compté leurs heures, leur dévouement” au sein de la crise.

Force Ouvrière fait bande à part mais appelle également à utiliser les réseaux pour porter des revendications telles que l’égalité homme-femme, l’augmentation des salaires et du SMIC, et le renforcement de notre système de protection sociale collectif.

A l’approche du déconfinement, les chats noirs dressent l’étendard

A Montpellier, les militants du Barricade appellent à une solution alternative à ce 1er mai avorté, celle d’une Assemblée Générale dématérialisée et ouverte à tous dès 18H, sur leur serveur Discord, afin de préparer la réaction du mouvement social au déconfinement, mais bien plus, à envisager les éventualités du monde de demain. Un mode d’action et de débat original que le collectif appelle à démultiplier localement sur le territoire.

Aujourd’hui nous constatons que les inégalités sont criantes quand on demande aux travailleurs et travailleuses de sacrifier leur santé dans des entrepôts logistiques, des centres de tri postaux, des usines non essentielles, des chantiers, des livraisons de marchandises diverses, des exploitations agricoles, et tant d’autres pour continuer à augmenter les profits des patrons.
Aujourd’hui nous constatons que les violences policières, que les Gilets Jaunes ont permis de dévoiler à tous et toutes, continuent de s’abattre sur les quartiers populaires, ces mêmes quartiers où vivent les gens qui continuent à travailler et faire tourner l’économie du pays.
À l’heure où l’on commence à voir poindre le début du déconfinement il apparaît maintenant que le gouvernement a décidé de relancer l’économie au prix de nouveaux sacrifices de la part des travailleurs et travailleuses : 60 heures de travail par semaine, fin des RTT, congés forcés et décidés par l’employeur, encouragement au travail gratuit dans les champs, fermeture des conseils prud’homaux, défaut de sécurité pour les salarié.e.s …
Alors que c’est tout autre chose qui nous revient.

Dans d’autres villes, comme à Gap, des militants appellent quant à eux à tout simplement braver le confinement en manifestant, entre autres, “contre la guerre sociale faite par la classe bourgeoise aux prolétaires, contre la guerre faite aux services publics, contre la guerre aux droits fondamentaux d’aller et venir, de se réunir, de se rassembler, contre la guerre quotidienne aux habitants des quartiers populaires et aux nomades, contre la guerre économique quand on nous encourage à pousser nos caddies, et que le droit de retrait des travailleurs-euses en danger est mis à mal”, “contre l’hypocrisie qui consiste à faire applaudir à 20h chaque soir celles et ceux qui se faisaient tirer dessus au flash-ball chaque samedi il n’y a pas si longtemps, comme tout-es les précarisé-es du capitalisme”, et “pour l’expropriation de tous les capitalistes, responsables en dernier ressort de la catastrophe actuelle.” Les militants de Gap appellent à tenir cette manifestation en respectant la distanciation sociale, sur le modèle de celle qui s’est récemment tenue en Israël contre Benyamin Netanyahu.

Dans la rue ou confiné, ce premier mai aura tout d’un goût unique et inédit dans notre pays. Si la participation à de tels événements découle de la responsabilité de chacun, et bien que les effets positifs du confinement soient indéniables sur nos services de santé, la responsabilité du gouvernement est quant à elle d’ores et déjà engagée sur le fait d’avoir maintenu des événements massifs tels que le premier tour des municipales, et favorisé au maximum l’activité des multinationales et donc mis en danger les travailleurs souvent les plus précaires. Certains semblent donc en droit de se demander si on est vraiment à un jour et à une manifestation près, et dévoilent dès à présent leurs velléités à rendre au gouvernement la monnaie de sa pièce.

Crédits photo : Ricardo Parreira

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