Le Préfet interdit la manifestation du samedi 16 mai à Montpellier

La presse quotidienne régionale s’est fait l’écho d’un arrêté pris par la Préfecture ce jeudi 14 mai dans le but d’interdire la manifestation prévue le samedi 16 mai à 14h à Montpellier, et dont l’appel avait émergé depuis Facebook.

On peut y lire notamment qu’au vu “du nombre de participants estimé entre 150 et 200 personnes, et en raison du contexte sanitaire, les organisateurs non-identifiables de cette manifestation ne présentent pas d’éléments permettant de garantir le respect des gestes barrières et de la distanciation sociale.”

L’arrêté du Préfet Jacques Witkowski note aussi que “depuis le 17 novembre 2018, les différents rassemblements non déclarés se sont tenus de manière éclatée dans l’Hérault, lors des précédentes journées de mobilisation, des actes de violences et de dégradations ont été commis à l’encontre des forces de l’ordre, des enseignes commerciales, des établissements bancaires, des abribus, de biens publics et de biens privés.

Et ne se prive pas de rappeler dans son arrêté que “malgré les dispositifs de sécurité mis en place chaque semaine par les services de police, et le renfort de forces mobiles, le risque de troubles de l’ordre public ne peut être prévenu raisonnablement dans tout le périmètre du centre-ville de Montpellier en raison de la détermination de certains groupes de personnes à s’attaquer physiquement avec violence aux forces de l’ordre, d’établir des stratégies alliant mobilité et effet de surprise et d’essayer d’envahir aux fins de dégradations les commerces de Montpellier pris comme cibles chaque semaine.

Il y aurait fort à dire sur les stratégies de la Préfecture qui quant à elles se révèlent toujours incapables d’éviter l’escalade de la violence lors des actes d’ampleur à Montpellier, et la mise en place de moyens clairement disproportionnés qui viennent s’abattre de manière indistincte sur les contestataires, les gilets jaunes pacifiques, et parfois, la population.

Le Préfet parle de dégradations sur les commerces pris pour cibles chaque semaine, ce qui est factuellement faux, de nombreuses manifestations Gilets jaunes n’ont donné lieu à aucune dégradation notable, et notamment quand elles ne rassemblaient que quelques centaines de personnes. Des envahissements du Polygone notamment se sont produits de manière tout à fait pacifique et ont visé à bloquer les magasins et non pas les saccager. Ce qui permet, la plupart du temps, aux casseurs de dégrader les symboles capitalistes qu’ils visent, est bien plus le chaos d’un cortège forcé à manifester de manière sauvage sous la poursuite ou la menace permanente de la police.

Considérant que la manifestation du 16 mai 2020 n’ayant pas été déclarée, il appartient à l’autorité investie du pouvoir de police administrative de concilier l’exercice du droit de manifester, limité à un rassemblement de 10 personnes maximum, avec les impératifs de l’ordre public ; que dans ce cadre, elle se doit de prendre les mesures nécessaires, adaptées et proportionnées de nature à prévenir tant la commission d’infractions pénales que les troubles à l’ordre public.

Vous lisez bien, on parle toujours de droit de manifester… Dans le cadre des manifestations Gilets jaunes à Montpellier, parfois très violemment réprimées, on flirte déjà avec l’ironie. Mais dans celui de cet État d’urgence sanitaire qui ne fait que pallier l’impéritie de la gestion de la crise du coronavirus par le gouvernement, et vise à le préserver au maximum de toutes représailles de la population, on frise le grotesque.

Ah mais non… on commençait à s’inquiéter : “Considérant que par leur violence, leur caractère radical et répétitif, les agissements illégaux et violents survenus dans le cadre du mouvement des gilets jaunes ou à l’occasion de celui-ci, excèdent le cadre de la liberté de manifestation et les désagréments qu’un mouvement revendicatif peut entraîner, de manière générale, à l’égard des usagers ;” Vous serez priés de bien vouloir taire vos revendications, vous ne disposez en fait pas du droit de manifester !

Le Préfet se base donc sur le décret d’application de l’État d’urgence sanitaire dans le cadre du déconfinement, promulgué le 11 mai, pour interdire la manifestation.

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