Il y a bien eu violence policière ce samedi 16 mai à Montpellier

Ce samedi 16 mai, environ deux cent personnes se sont réunies sur la place de la Comédie pour manifester leurs revendications à l’encontre du gouvernement, après ces deux mois de confinement. Le Préfet de l’Hérault s’était pourtant appuyé sur le décret d’État d’urgence sanitaire pour interdire cette manifestation dont l’appel avait été relayé sur Facebook. Alors qu’aujourd’hui même, la police couvrait la tenue de la manifestation de la Ligue du Midi devant la statue de Jeanne d’Arc,elle aussi interdite par le Préfet, tout en entravant le travail de journalistes présents.

Un dispositif plutôt proportionné, et une “bavure”

En prévoyant entre 150 et 200 manifestants, la Préfecture avait plutôt bien estimé la population qui se rassemblerait, et a adopté un dispositif policier voué à nasser rapidement la place de la Comédie. Plusieurs dizaines de manifestants ont tenu la nasse, qui permettait une voie de sortie, fait très rare ces derniers temps à Montpellier, tandis que le reste s’est réuni de l’autre côté du cordon policier et a observé la situation qui se déroulait.

Sept interpellations ont eu lieu, plusieurs amendes dressées (25) mais pas massivement. On a pu observer que dans l’esprit, l’usage de la violence a clairement été ménagé pour contenir les manifestants, vindicatifs mais pas violents. Toutefois, un agent de la CDI34 a débordé du cadre réglementaire et entaché d’une blessée le déroulement de cette journée.

Les faits

Il est 14h45. Des hommes de la CDI34 se déploient près de la Fontaine des Trois Grâces, alors que la Comédie est nassée et que des arrestations se déroulent. Une manifestante venue avec ses enfants et son conjoint se trouve près de ceux-ci, son fils âgé d’une dizaine d’années est derrière le rideau policier. En avançant, un agent de la CDI34 pousse la femme. Celle-ci se retourne et assène un coup de parapluie, qui semble paré par le bouclier d’un gendarme mobile qui s’avance. Un deuxième agent qui se trouve près de la scène lui donne un coup de matraque au niveau de la tête, et elle tombe, sonnée, contre le bouclier d’un gendarme mobile qui s’approche.

Une seconde vidéo nous permet de recontextualiser la scène. La CDI quitte la rue de la Loge pour aller vers les gendarmes qui sont en train d’interpeller pour entrave à la circulation, créant des protestations des manifestants. Les policiers de la CDI ont un comportement agressif et provocateur dès leur arrivée, ce dont nos journalistes présents sur place peuvent également témoigner : un policier lève sa gazeuse à main vers le visage d’une manifestante alors qu’il est près d’elle, il refait le même geste sur un autre manifestant en train de quitter les lieux. Il y a ensuite eu plusieurs coups de boucliers, aboutissant à la scène de violences en question.

Un twittos a réalisé une version stabilisée de notre vidéo, au coeur d’une polémique sur la réalité du coup de matraque reçu par celle-ci. On voit d’abord un léger coup de tonfa reçu par la femme dans un tout premier temps, pour la pousser, sa réaction avec le coup de parapluie, puis clairement l’agent asséner le coup avec son tonfa. Nos journalistes présents sur place en confirment la réalité. Dans cette seconde version, l’internaute arrive à avoir le détail du tonfa frappant la nuque de la femme.

Reprise Vidéos par @VinzMoreau

Que dit le droit ?

En France, le code pénal est très strict concernant les agressions contre des policiers, prévoyant jusqu’à 3 ans de prison et 45000€ d’amende en cas d’arrêt de travail inférieur à huit jours. La commission de violences à l’aide d’une arme (on a vu qu’à peu près tout et n’importe quoi pouvait devenir une “arme par destination” ces derniers temps) est un facteur aggravant. Dans les faits, les jugements sont en général plus cléments car ils recontextualisent les faits.

En ce qui nous concerne, c’est un agent de la CDI34 qui démarre l’action en poussant la femme, lors d’un mouvement des policiers. Celle-ci réagit un peu par réflexe, en répondant avec son parapluie. Son acte ne constituerait pas véritablement une agression préméditée, mais plutôt une réaction face au fait d’avoir été bousculée, et ce en présence de plus de ses enfants. C’est un autre policier qui en guise de punition, lui flanque le coup de matraque au niveau du cou.

Tout recours à la force doit avoir un fondement juridique et poursuivre un objectif légitime (arrestation, prévention de la fuite d’une personne soupçonnée d’avoir commis une infraction, légitime défense, dispersion de rassemblement violent etc.) (source)

  • N’est pas légitime la force utilisée à des fins punitives, de domination, d’humiliation etc.
  • N’est pas légitime le recours à la force qui n’est pas prévu et autorisé par la loi

La force ne doit être utilisée que si, et dans la mesure où, elle est strictement nécessaire à la réalisation d’un objectif légitime. Le recours à la force doit être inévitable pour atteindre cet objectif ; le degré de force employé ne doit pas excéder ce qui est nécessaire pour l’atteindre ; la force doit cesser dès qu’elle n’est plus nécessaire pour atteindre l’objectif visé.

Le préjudice susceptible d’être causé par l’emploi de la force ne doit pas être excessif par rapport à l’avantage tiré de l’objectif à atteindre.

La force employée dans ce cas n’a rien de nécessaire à la réalisation d’un objectif légitime. Si la femme a asséné un coup avec son parapluie sur un bouclier, elle ne représente en rien une menace concrète pour les forces de l’ordre, casquées et protégées. L’emploi de la force a posteriori de son acte n’a rien de nécessaire. Une admonestation, ou éventuellement, l’usage du bouclier de manière proportionnée pour la repousser en cas de renouvellement de l’attaque, peuvent suffire à la situation.

Même si l’on ne prend pas en compte que le départ de l’action est la poussette d’un agent de la CDI34, l’emploi de la force dans ce cas n’est pas légitime. En outre, le préjudice susceptible d’être causé est important dans le cas d’un coup de matraque à la tête, à cause de la présence d’un organe vital qu’on appelle le cerveau… La victime a eu trois points de suture et été commotionnée. Ce genre de comportements, de la part d’agents équipés assermentés au port d’un arsenal capable de mutiler à vie, est inacceptable.

La presse quotidienne régionale ne relaie que la version policière

En quoi notre presse quotidienne régionale a-t-elle un certain talent ? Elle relaie sans la remettre en question la version policière. Traitement de l’affaire de l’acte violent d’hier lors de la manifestation des Gilets jaunes par la PQR locale :

La Gazette de Montpellier (https://www.lagazettedemontpellier.fr/…/gilets-jaunes-une-c…) relaie l’information a minima, et avec une erreur, puisqu’elle parle d’une “charge policière”, ce qui n’est pas du tout le cas. Les policiers se déployaient, et c’est un policier qui a asséné un coup de matraque à la manifestante, après que celle-ci, poussée, ait donné un coup à l’aide d’un parapluie.

Midi Libre Montpellier (https://www.midilibre.fr/…/gilets-jaunes-a-montpellier-une-…), dont le traitement a plusieurs fois été ouvertement anti-GJ (voir ci-dessous pour vous faire une idée de l’esprit), fait mine de s’interroger “Cette femme a-t-elle été matraquée ou violemment bousculée ?” sans donner la réponse pourtant visible dans la vidéo…

Enfin, Métropolitain Montpellier reçoit la palme d’or puisqu’il focalise son article sur le coup de parapluie asséné par la manifestante et justifiant selon la police la réaction violente. De plus, l’auteur évoque une plus probable “bousculade” et relève que le policier semble viser la jambe de la manifestante… Notons au passage que le syndicat policier SICP nie le coup de matraque et tente d’occulter le fait qu’un policier “agressé” par un coup de parapluie puisse voire un de ses collègues prendre sa “défense” en assénant un dangereux coup de tonfa dans le cou de quelqu’un. (https://actu.fr/…/montpellier-gilets-jaunes-coup-matraque-b…). Le plus drôle dans tout cela, c’est que ce sont nos images que le SICP a utilisé….

Le reportage complet de la manifestation :

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