Le préfet de l’Hérault interdit quatre manifestations ce week-end

Le préfet de l’Hérault Jacques Witkowski a de nouveau interdit tout rassemblement ce week-end, en prérogative du décret d’application des mesures de l’État d’urgence sanitaire. Encore une fois, la communication de ces nouveaux décrets d’interdiction est minimale, et a été relayée par la Gazette de Montpellier ce jour seulement à 17h. Le compte Twitter de la Préfecture fait par exemple la démonstration d’un curieux vide concernant cette information.

A Montpellier, la potentielle “manifestation” des Gilets jaunes de ce samedi est bien évidemment concernée, tout comme un rassemblement du collectif de soutien aux sans-papiers “Régularisations sans exception” qui devait se tenir à 14 heures samedi devant la préfecture. C’est également le cas d’un nouveau rassemblement de la Ligue du Midi ce dimanche 31 mai à 11h30, devant la statue de Jeanne d’Arc sur le boulevard Louis Blanc. La semaine dernière, la précédente réunion de ce groupe d’extrême droite avait suscité la polémique après l’agression d’une journaliste de l’AFP, d’un journaliste du Poing, et la dégradation du local du Barricade.

A Béziers, le préfet de l’Hérault a également interdit la tenue du rassemblement des Gilets jaunes.

Le collectif de soutien aux sans-papiers réagit

Selon nos informations, le délai de déclaration nécessaire à la tenue de la manifestation de soutien aux sans papiers, a été un peu court. Ce rassemblement, qui appelait à des “mesures immédiates contre la bombe sanitaire” qui s’annonce sur le terrain des foyers, centres de rétention administrative et de la situation des sans-papiers face à la crise du Covid-19, était soutenu par le collectif Migrant.e.s Bienvenue 34, la Ligue des droits de l’Homme, et la Cimade, et devait se tenir dans le respect des gestes barrière.

Afin de “porter les revendications légitimes des Sans Papiers et désormais Sans Voix, [le collectif a] souhaité organiser une conférence de presse sur place et en rassemblant moins de 10 personnes“. Celle-ci a également été interdite selon le collectif, qui s’est adressé au Préfet dans une lettre, et a demandé à rencontrer ce dernier :

On est des humains, on vit la galère, surtout pendant le confinement, on respecte les lois, on est sur le territoire français depuis des années. On demande une régularisation sans exception pour aider la France pendant la crise sanitaire. On n’a pas eu le droit de faire un rassemblement pour demander la régularisation : on respecte votre décision et on espère que vous entendrez notre douleur.

Une stratégie de communication qui empêche tout contrôle

Pour la troisième fois d’affilée, le Préfet de l’Hérault prend des décrets dont les annonces se font au dernier moment, la veille du week-end de manifestations concerné. Cette pratique relève d’une stratégie qui empêche tout contrôle de la juridiction sur l’institution préfectorale. En effet, les délais nécessaires à tout recours d’une interdiction de manifester devant le tribunal administratif ne permettent pas un examen potentiel par la Justice entre le vendredi soir et le samedi 14h par exemple, les tribunaux étant fermés à ce moment là.

Paradoxalement, annoncer l’interdiction d’une manifestation avec un délai aussi bref n’est pas prompt à informer au mieux les personnes qui compteraient s’y rendre… Ainsi un militant d’Extinction Rebellion nous confiait récemment que le groupe n’était même pas au courant que leur réunion d’accueil de ce lundi dernier avait été interdite le jour même par le Préfet, celle-ci s’est en effet tenue sans que personne n’ait eu vent de l’information. Pour autant, la police serait passée relever des identités parmi les organisateurs. Dans le cadre de verbalisations à venir, ne serait-on pas là face à une pratique légèrement déloyale ?

L’interdiction de manifester trahit la fébrilité du gouvernement

Alors que le gouvernement a annoncé maintenir l’interdiction des rassemblements de plus de 10 personnes au delà du 2 juin, la population ne peut que constater l’incohérence entre des rames de métros bondées aux heures de pointe, la reprise quasi-totale de l’activité économique envisagée, et cette interdiction qui persiste dans un climat social houleux qui transparait de manière explosive sur les réseaux sociaux notamment.

Ce maintien de l’interdiction de fait de manifester est révélateur de la fébrilité de nos gouvernants, alors que la récession économique ne fait que poindre et que la fronde sociale gronde dans les rangs des soignants, des militants, activistes, gilets jaunes, et citoyens mobilisés contre la politique du gouvernement. Ne soyons pas dupes, nous savons que plus une manifestation sera massive, plus sa répression sera active. Le mouvement social qui s’annonce doit aussi être celui du renouvellement des pratiques de lutte, de la mise en commun des expériences, des intelligences, il doit être un nouvel épisode d’adaptation aux contraintes exercées par le pouvoir dans le rapport de forces qui nous entraîne.

 

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