Gilets jaunes Acte 82 – En pleine polémique sur la Police, la Préfecture marche sur des oeufs

Malgré l’interdiction une nouvelle fois édictée par le Préfet, environ 150 personnes se sont réunies sur la place de la Comédie à Montpellier, ce samedi 6 juin, pour manifester contre la violence policière et son impunité accablante pour un État qui se prétend démocratique et se revendique de l’héritage de la Déclaration des droits de l’Homme. Quelques personnes ayant participé aux précédentes marches contre le racisme ainsi que des syndicalistes ont grossi cette manifestation, qui s’est déroulée sans aucun accroc.

Regain d’énergie

Le cortège est d’abord descendu vers la Gare, avant de remonter par le boulevard du Jeu de Paume. Les slogans, parfois légèrement cacophoniques, rythmés par les deux joueur.ses de tambour, ont retenti contre les façades claires de l’Écusson : “Justice pour Adama !”, “Police partout, Justice nulle part”, “Pas de Justice, pas de Paix!”, au milieu des habituels chants du mouvement fluo. Les gilets jaunes ont pu exprimer leur solidarité avec les quartiers qui subissent depuis des décennies la répression et la discrimination de l’État.

Aux abords du Peyrou, des policiers bloquent l’accès au Tribunal. Le cortège file sous l’arc de triomphe et aboutit sur la place des Martyrs de la Résistance, où la Préfecture est bloquée par deux barrières antiémeutes et des gendarmes mobiles. Sous la lourdeur du soleil, les manifestant.es font face à ceux-ci, certain.es invectivent, lèvent le poing ou s’agenouillent, d’autres reprennent des slogans contre la violence policière. Quelques minutes plus tard, retour sur la Comédie et direction le Polygone.

Alors que par un réflexe pavlovien, les grilles du centre commercial se ferment, une manifestante au mégaphone tient un discours musclé sur la réalité des violences policières et du racisme subi par les populations racisées en France. Les badauds dans la longue file d’attente restent cois. Certains lèvent le poing. Le cortège repart, fait le tour du Polygone et retourne sur la place de la Comédie aux alentours de 16h30, pour participer à la seconde marche #BlackLivesMatter et Justice pour Adama qui devait se tenir ce jour à l’échelle nationale, et a réuni des dizaines de milliers de personnes dans les villes de France.

La violence policière, un point de convergence

Aucune organisation n’ayant réagi à Montpellier contrairement à Sète ou Béziers (lire l’article de nos confrères du Poing), aucun événement sur les réseaux sociaux n’a été lancé en vue d’un tel rassemblement, aussi les rangs se sont peu gonflés, principalement de celles et ceux qui en avaient eu vent par la marche improvisée d’hier. Réunis sur le parvis de l’Opéra, une trentaine se sont quand même lancé.es dans une petite promenade.

Mais cette fois, des opérations de contrôle d’identité ont été menées par la BAC et la CDI34 sous les fenêtres de la Préfecture, lesquelles ont donné lieu à l’interpellation d’une personne. Celle-ci a été conduite au commissariat, nous ignorons pour l’heure sur quel motif légal puisque cette seconde manifestation n’était pas interdite.

La violence policière, qu’ont subi les quartiers, un certain nombre de mouvements sociaux tels que les Gilets jaunes ou les récents mouvements de grèves, les mouvements écologistes également, paraît être un point de convergence malheureusement idéal pour toutes ces luttes. En effet, l’accroissement spectaculaire des violences policières depuis 2016 est un des reflets des élites capitalistes hors sol qui nous gouvernent, et de la conviction avec laquelle celles-ci sont prêtes à ruiner s’il le faut l’ensemble de la population et la viabilité de notre planète pour préserver leurs privilèges socio-économiques.

Aussi les violences policières, déniées par nos gouvernants, se sont-elles appliquées à tout mouvement mettant de manière effective en danger l’édifice duquel ils nous dominent. Jouer la partition de la police contre la population est risqué, car si nos convictions personnelles sont parfois différentes, la répression provoque toujours le même sentiment, celui de l’injustice. C’est là que se joue le véritable moteur des luttes humanistes.

Selon un récent sondage mené par YouGov pour le Huffington Post suite aux propos polémiques tenus par la chanteuse Camélia Jordana, un.e Français.e sur trois ne se sent pas en sécurité face à la police (voir page 3), dont près de la moitié des 18 – 34 ans. Le taux est également plus fort chez les hommes, généralement plus concernés par les violences policières – hors cadre de manifestations où la répression fait moins de différence entre les profils que dans les quartiers populaires. Toutefois, on constate que plus on va à gauche de l’échiquier politique dans les convictions des participants au sondage (pour lequel la gauche s’arrête à la France Insoumise…), plus le sentiment d’insécurité face à la police est fort, témoignant cette fois de l’impact de la répression des mouvements sociaux en France.

En pleine polémique sur la police, l’État marche sur des oeufs

La police dans son ensemble est ces dernières semaines placée face à de violentes polémiques, tant sur les violences qui se sont multipliées pendant le confinement, et dont la ville de Béziers a connu un triste exemple avec le décès par asphyxie de Mohamed Gabsi au mois d’avril, que sur un racisme toléré de manière systémique parmi ses troupes.

A Montpellier, sur les dix-sept mois du mouvement des Gilets jaunes, des centaines de manifestant.es ont été blessé.es. Alors que le dernier rassemblement comparable, lors de l’acte 79, avait donné lieu à un dispositif très important, et des dérapages violents des forces de police, de multiples interpellations, et plus d’une vingtaine de verbalisations ; tandis que l’acte suivant voyait un véritable jeu de poursuite se dérouler dans les rues bondées du centre-ville ; il semblerait que la Préfecture ait largement desserré la bride aujourd’hui, malgré cette interpellation. La présence des forces de l’ordre pour la manifestation Gilet jaune s’est réservée à des gendarmes mobiles respectueux des manifestant.es et non casqués.

En retour, la manifestation s’est déroulée dans le calme, aucun débordement n’a eu lieu, ni aucune violence. La vie économique du centre-ville, d’ailleurs très fréquenté ce jour, a largement été préservée par la quasi-absence de dispositif de sécurisation. Ainsi s’est révélé cet après-midi le contraste éclatant entre les récentes situations de tensions générées par le comportement de certaines troupes de police, et l’invisibilité de celles-ci aujourd’hui, et notamment de la Compagnie Départementale d’Intervention, relevant du Préfet.

Un p’tit coup de répression pour la route ?

Cependant, comme le cortège de la seconde marche, parti de la Comédie aux alentours de 18h, se composait principalement de Gilets jaunes, la Préfecture n’a pas hésité à réactiver son marteau répressif, avec ces contrôles inutiles et cette interpellation, pour comme à l’habitude exercer une pression vive sur les acteurs persistants du mouvement.

Ce rassemblement, de plus de dix personnes, n’avait toutefois rien de massif, et la personne interpellée, qui avait tenu le mégaphone tout au long de la rue de la Loge, n’est même pas impliquée dans le mouvement montpelliérain selon nos sources. Une simple verbalisation ne suffisait visiblement pas pour les policiers, qui l’ont peut-être identifiée comme un nouveau meneur ? Ce qui, dans le cadre d’une manifestation non déclarée peut juridiquement conduire en garde à vue. Assez inhabituellement, au cours de cette journée, tout comme lors de la manifestation de la veille, plusieurs personnes ont pris la parole au mégaphone pour s’exprimer, sans être en rien des meneurs de cortèges…

Alors que parallèlement, à Marseille ou à Lille de fortes tensions se sont ce jour produites, le pouvoir ressentirait-il une certaine fébrilité à l’idée que le mouvement social reparte alors que la propagation du coronavirus semble s’essouffler durablement ? Récemment, une source dans le monde médical, nous confiait qu’il était probable que l’immunité collective ait en fait déjà été atteinte en France, par le fait que les précédents coronavirus auraient constitué une forme d’immunité partielle dans la population. Si cela se vérifiait, le maintien de l’État d’urgence sanitaire ne ferait plus aucun sens. Les mouvements sociaux auraient alors de beaux jours devant eux.

 

La mascotte du jour, qui va finir dans la salle des trophées de la BAC. Crédits: Photocratie.

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