Des militant·es LGBT+ donnent une leçon d’infiltration à la Manif Pour Tous de Nîmes

Ils avaient fait du 10 octobre, une journée de mobilisation nationale. Partout en France, la Manif Pour Tous se rassemblait pour dire « non » au projet de loi bioéthique, des mobilisations pas forcément au goût des militant·es de la communauté LGBTQI+ qui ont organisé de nombreuses contre-manifestations. À Nîmes, où la Manif Pour Tous avait prévu un rassemblement à 15 heures sur l’esplanade Charles de Gaulle, les pro-PMA ont, eux, monté une opération infiltration.

 

C’est muni·es de fausses pancartes estampillées « Baby Lives Matter » ou « une famille c’est un papa plus une maman » que les militant·es de la communauté arc-en-ciel se mêlent aux 200 autres personnes présentes pour défendre « les droits de la famille ». Attendant le bon moment pour se dévoiler, ielles écoutent, les prises de paroles des organisateur·ices de la mobilisation. Et puis, le signal, un coup de sifflet, agite les rangs de l’auditoire. Les infiltré·es déferlent alors vers la tribune, agitant leurs drapeaux multicolores et scandant des slogans féministes et queer, coupant court aux discours.

Un objectif : se faire entendre

« Nous avons organisé cette infiltration de la Manif Pour Tous un peu au dernier moment, explique Marie*, à l’initiative de l’action. On a rassemblé nos contacts de Montpellier et de Nîmes pour y participer. On est vraiment content·es, on ne pensait pas qu’il y aurait autant de monde. » Avec environ 45 infiltré·es selon l’organisatrice, contre 200 manifestant·es de la Manif Pour Tous, ces dernier.es ne se sentaient pourtant pas en minorité. « On chantait tellement fort, qu’on n’entendait que nous », se réjouit Léa.

Si pour les anti-PMA, cette contre-action visait à saboter leur mobilisation, les manifestant·es LGBTQI+ s’en défendent prônant leur liberté d’expression. « Pourquoi est-ce que toutes les marches des fiertés ont été annulées à cause du Covid, alors qu’on laisse faire la Manif Pour Tous, oppose Morgane, une autre organisatrice de l’infiltration. Puisqu’on ne nous laisse pas la parole, on la prend nous-même. »

La parole, c’est bien le cœur de cette mobilisation. Les deux partis se faisant face à grand coup de slogans, les « PMA pas besoin de papas » répondant aux « une famille pas sans papas ».

 


“On est pas intolérants contre les hétéros, on est tolérants avec tout le monde. Mais c’est vous qui êtes intolérants. C’est vous qui ne respectez pas les droits des lesbiennes, le droit des PD, le droit des Queer, le droit de qui vous voulez. On a rien contre vous, mais vous en avez après nous. Et ça c’est non.” – Marine, militante LGBT+ nîmoise

Une manifestation entre tensions et discussions

Passé le moment de surprise, militant·es LGBT+ et anti-PMA se sont bien vite confronté·es dans des échanges plus ou moins virulents. « C’étaient des débats stériles ponctués d’insultes de part et d’autre, raconte Léa, militante nîmoise de 18 ans. A mon avis, ils n’ont pas changé d’avis, mais au moins ils savent qu’on est là. »

En effet, pas facile de débattre quand de nombreux accrochages, sans conséquence mais parfois virulents, éclatent dans la manifestation. Insultes, agressions et provocations ont fusé dans les deux camps.


Un incident en particulier a nécessité l’intervention des forces de l’ordre qui ont procédé à un contrôle d’identité à la suite d’une altercation entre une militante féministe et un spectateur de la manifestation. C’est ce qui a conduit les forces d’interventions à venir en renfort des policier·es déjà présent·es, sans pour autant intervenir. Mais c’est bien leur présence qui a poussé les contre-manifestant·es à mettre fin à leur action, en lançant à la Manif Pour Tous de nombreux « bisous ».

« Une action réussie »

Ce sont des rires et des cris de joie qui accompagnent les militant·es à l’issue de leur action. « Pour nous c’est une vraie réussite, se félicite Marie. On a tenu pendant plus d’une demi-heure, il n’y a pas eu d’incident majeur, ni avec la Manif Pour Tous, ni avec la police. On s’est fait entendre. Et surtout, on a créé du lien entre les militant·es de Montpellier et de Nîmes, alors qu’on ne se connaissait pas du tout. » Ielles envisagent d’ailleurs déjà de recommencer une collaboration militante entre les deux villes. C’est donc cela que retiennent avant tout les activistes : « aujourd’hui, on s’est fait de nouvelleaux adelphes. C’est ça une action réussie. »

*Les prénoms ont été modifiés.

Photographies : Clara Maillé, Photocratie

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