Annonces d’Emmanuel Macron : les oublié·es des mesures de restriction

C’est comme une impression de déjà-vu. Mercredi soir, Emmanuel Macron s’exprimait sur la situation sanitaire pour la première fois depuis le mois de juin, dans une interview télévisée en direct. Pas de reconfinement annoncé, mais des mesures de restrictions strictes aux conséquences dramatiques pour certains secteurs.

L’hôtellerie, la restauration et la culture en péril

Déjà affaibli par des mesures successives de réduction des couverts, de fermeture des établissements à 22 heures puis de fermeture des bars, le secteur de l’hôtellerie restauration accuse un nouveau coup. Et ce qui est ressenti comme un acharnement de la part des professionnel·les du secteur est d’autant plus difficile à comprendre que selon Emmanuel Macron « les services de transports ne seront pas affectés ». En d’autres termes, évitez les clusters dans les lieux de détente, mais entassez vous quand même dans les transports.

Terminé aussi, pour les quatre prochaines semaines au moins, les soirées cinéma, théâtre ou opéra. Ces derniers sont d’ores et déjà penchés sur un réaménagement des programmes, plus tôt dans la journée. Des modifications qui, selon les représentant·es du monde de la culture, ne seront pas suffisantes pour palier les difficultés engendrées par la crise du Covid-19.

Pas un mot pour les sans-abris

Rester chez soi de 21h à 6h, quoi de plus difficile quand on n’a justement pas de « chez soi » ? Alors que la trêve hivernale ne commence que le 1er novembre, et qu’on dénombrait lors du dernier recensement du CNRS en 2019 près de 2000 sans abris sur la métropole de Montpellier, aucune directive n’a été donné par le chef de l’État concernant ces cas de logement précaire. « On doit avoir une réponse pour ceux qui tombent dans la précarité », a-t-il assuré. Rien en revanche, pour ceux qui y sont déjà.

Nombre de questions se posent. Ces personnes en difficulté seront-elles verbalisables ? Les travailleurs sociaux qui effectuent chaque nuit des tournées pour venir en aide aux SDF le seront-ils aussi ? Autant de points soulevés par le collectif Droit au Logement de Montpellier dans une lettre ouverte adressée au préfet de l’Hérault.

J’attire également votre attention et je vous interroge sur les personnes mal-logées. Comment vont faire les personnes en surpeuplement, les personnes isolées, notamment handicapées, en habitat insalubre ? Les personnes en situation de conflit familial, notamment les jeunes, les femmes, n’ayant pas les moyens de décohabiter ?

Comme la loi vous le permet, nous vous appelons aussi à user en urgence de votre pouvoir de réquisition, de mobiliser le parc privé ou public vacant. Entre 12 000 et 10 000, à Montpellier. Cela vous laisse de la marge. En 2017, un rapport a été établi par des associations pour vous suggérer des solutions techniques.

Enfin, le premier confinement a fragilisé un grand nombre de salarié·es précaires. Les associations luttant contre la pauvreté ont dénoncé l’absence de la prise en compte des plus précaires, de plus fragiles, dans le plan de relance. Alors que nombre d’études démontrent cette explosion de la pauvreté.

 

Pour quelques-unes de ces personnes en situation précaire, une seule consolation : la revalorisation temporaire des minimas sociaux, qui devraient bénéficier d’une prime de 100 à 150 euros, comme précédemment au début de la période Covid.

De nombreux·ses oublié·es

Autres absent·es de l’intervention présidentielle : les travailleur·ses du sexe. Habitué·es à ce que leur parole soit passée sous silence, il n’y aura pas eu de miracle. Pourtant, l’instauration du couvre-feu aura bien un impact important sur les conditions de vie des TDS, comme l’a souligné le syndicat STRASS sur Twitter.

 

Des déçu·es il y en a aussi chez les soignant·es, à qui on promet depuis quelques mois primes et revalorisations de salaire. C’est le premier ministre Jean Castex qui, sans dévoiler les conditions d’accession, a annoncé le versement d’une deuxième tranche de valorisation de salaire de 93€ avant la fin de l’année. Mais cette deuxième prime risque d’être insuffisante pour beaucoup de soignant·es qui affirmaient déjà début septembre être déçu·es par les mesures prises par le gouvernement.

Les syndicats de police inquiets

Un couvre-feu c’est une chose, encore faut-il pouvoir le faire respecter. C’est l’inquiétude des syndicats de police, très actifs depuis le début de la pandémie. « Les policier·ères vont devoir prioriser, a déclaré Stanislas Gaudon, délégué général du syndicat Alliance. La priorité, ce sera la protection des biens et des personnes ». Alors que ces dernier·ères assurent déjà être en sous-effectifs, les annonces d’Emmanuel Macron sonnent comme une charge de travail supplémentaire, qui pourrait nuire à la bonne mise en application de ces mesures sanitaires et une fois de plus, aux rapports entre forces de l’ordre et population.

Si pour le moment, ces mesures ne sont appliquées que localement et pour quelques semaines seulement, il parait important de rappeler que la lutte contre le virus ne doit pas devenir prétexte à l’entrave des libertés fondamentales. Le couvre-feu, caractéristique des temps de guerre et des régimes totalitaires, non plus.

 

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