Extrêmes droites – Le transfert de la violence

Le pire danger pour le soumis est l’homme libre de l’idéologie, ou qui s’en est libéré. Cet homme renvoie au soumis l’image de son infériorité que constitue la perte de son individualité et la limitation de son champ de raisonnement. C’est pour cette raison que tout doit être mis en œuvre pour que l’infidèle, le mécréant, l’apostat disparaisse.

Hannah Arendt

De la montée de l’extrême droite à l’instrumentalisation de la gauche radicale

Nous avons voulu croire qu’après la 2éme Guerre mondiale et les crimes contre l’Humanité, un cratère psychologique serait si profondément ancré dans la conscience collective, que cette époque obscurantiste ne pourrait jamais ré-émerger. Cependant, le monde politique corrompu par la nécessité de la domination, de l’impérialisme économique et financier, réinvente chaque jour de nouveaux vecteurs destructeurs qui ne visent que l’accaparement des ressources, le profit à travers la guerre, le différentialisme racial, mais également le sabotage de toute démarche humaniste, solidaire et fraternelle entre les peuples.

En France, après-guerre, à la suite de la chute du régime de Vichy, des “collaborateurs” seront assassinés, jugés et d’autres seront réhabilités. Les fantômes de l’épuration continueront à hanter les insatisfaits, les mécontents. L’extrême droite, déçue et relativement purgée, ne se détache pas de “l’idéologie fasciste” et essaye rapidement de se reconstruire.

Affaiblie au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, l’extrême-droite retrouve de la vigueur avec la guerre d’Algérie en 1954. Des groupuscules se forment au moment où Charles de Gaulle ouvre la voie à l’indépendance de cette colonie française. Parmi eux, l’Ordre nouveau fédère, à partir de 1969, d’anciens SS, des nostalgiques du régime de Vichy ou encore d’anciens militants de l’Algérie française.

Trois mille personnes assistent à la présentation officielle du mouvement le 9 mars 1971 dirigé par Jean-François Galvaire. «Il faut faire un parti révolutionnaire. Blanc comme notre race, rouge comme notre sang et vert comme notre espérance», lance à la tribune François Brigneau, l’un de ses leaders.

Lors du deuxième congrès de l’Ordre nouveau, organisé en juin 1972, une «stratégie de Front national» est adoptée afin de créer un parti éponyme. Ancien combattant de l’Algérie française, député poujadiste élu en 1956, Jean-Marie Le Pen est considéré comme l’homme idéal pour prendre la tête de la mouvance. Le 5 octobre 1972, il devient le président du «Front national pour l’unité française». Objectifs: placer le nationalisme au cœur du jeu électoral et rassembler les forces politiques situées à la droite du Rassemblement Pour la République (RPR).

C’est à partir des années 1990, que les pays européens verront émerger ou se renforcer un certain nombre de formations partisanes d’extrême droite. Résilients, ces partis réussiront à s’infiltrer de manière pérenne dans le processus démocratique. Les plus notoires sont : le parti FIDEZS en Hongrie, la Lega en Italie, AFD en Allemagne, Vox en Espagne, le FPÖ en Autriche, SVP/UDS en Suisse, SD en Suede, le EKRE en Estonie, et bien sûr le FN, rebaptisé Rassemblement National en France.

Résultats moyens des partis d’extrême droite européens toutes élections confondues :

PARTI 1990-2000  2000-2010
FDESZ – Hungrie 7% 28.2%
FPO – Autriche 21.8% 20.5%
SVP – Suisse 11.9% 28.9%
DPP – Denemark 7.6% 12%
NVA – Belgique 0% 7.8%
FN – France 16.8% 10.4%

La montée de la droite dure au sein de l’Europe, est bien sur, issue de facteurs internes comme l’anti-migration, le nationalisme ou le fanatisme religieux, etc. Mais deux ressorts externes fondamentaux forment la “pompe d’injection” de la croissance exponentielle de l’extrême droite en Europe. Le premier, l’émergence de l’organisation terroriste appelée Al-Qaïda, qui à partir de 1993 mena une série d’attentats à travers le monde ; et le désastre économique de la crise de 2008. 

L’attentat terroriste du World Trade Center en 2001, un événement terrible qui aurait pu mettre le monde occidental face à ses fragilités et contradictions… a contrario, cette attaque terroriste sera rapidement récupérée et instrumentalisée pour développer un terrible amalgame: l’Islam et les musulmans deviennent synonymes d’islamisme radical, de terrorisme. Ce nouvel archétype (qui remplacera l’antisémitisme, les judéo-bolchéviques, les gaucho-communistes, etc.) offrira un champ de manœuvre aux partis modérés pour induire une nouvelle logique sociale belliqueuse et sécuritaire, mais surtout la nouvelle vague islamophobe nourrira à fond la propagande politique (raciste et xénophobe) d’extrême droite en France et en Europe.

Propagande islamophobe du Parti Autrichien FPO.

Propagande islamophobe en France par le FN et en Suisse par le UDS.

Ces toutes dernières années, après l’attentat du 11 septembre 2001 perpétré par Al-Qaida contre le symbole de l’arrogance capitaliste américaine, plus de dix lois sécuritaires ont été votées en France (dont la plus marquante a été la loi pour la sécurité intérieure du 18 mars 2003, instaurant le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) concernant tous les suspects de délits). Le prétexte de la lutte contre le terrorisme islamique, du « choc des civilisations », a été l’occasion de faire de l’ultralibéralisme le fer de lance des valeurs néoconservatrices de l’Occident chrétien. Mais le terroriste se cache parmi nous, parmi les étrangers et immigrés, se recrute souvent dans les cités, chez les chômeurs. Et la guerre globale contre le terrorisme se confond ainsi, localement, avec la guerre économique : le discours de l’extrême droite, repris par le sarkozysme, répand l’amalgame de ces jeunes beurs des banlieues semant la terreur, violents voire violeurs, qui profitent du système quand ils ne prennent pas nos emplois. C’est toute une politique populiste qui désigne alors le délinquant, l’adolescent excité, souvent basané, vivant de larcins et de minima sociaux, comme l’ennemi intérieur : « Les mineurs de 1945 n’ont rien à voir avec les géants noirs des banlieues d’aujourd’hui » (Sarkozy, le 28 juin 2006).

Comme mentionné précédemment, à partir des années 2000, du passage difficile à l’euro, puis du coup de fouet de la crise économique de 2008, les pays européens vont endurer les irréversibles “symptômes” d’une crise premièrement économique et financière, puis la dégradation des “valeurs” démocratiques et sociales. L’agonie du modèle capitaliste qui précarise et fragilise de plus en plus les populations, sera la brèche dont l’extrémisme de droite profitera pour imposer son pouvoir réel dans la vie politique.

Initiative du parti politique SVP/UDS pour la limitation d’entrée des ressortissants européens en Suisse.

A la merci de l’austérité libérale du nouveau millénaire, ni les forces politiques modérées ni la gauche classique ne sont en capacité d’affronter et de purger l’extrême droite de Le Pen. La majorité des partis politiques s’abandonnent dans l’aventure de la démocratie et de la magie du débat d’idées… La victoire reviendra aux maîtres de la rhétorique xénophobe…

Face à l’évidente négligence et au manque de radicalité du corps politique, il est urgent pour la gauche radicale de se reconstruire. Brisée par la guerre froide et les « années de plomb » un nouveau combat commence ; la lutte antifasciste “décentralisée” et “autonome” pour la liberté des différences, des rues et des quartiers.

Pour la gauche radicale, la reconnaissance profonde de la nécessité du féminisme social, des effets néfastes du capitalisme, de la perversité du néolibéralisme, mais également l’urgence de rompre avec “le déni” d’une crise écologique et climatique, sont devenues les mots d’ordre.

La gentrification dans les villes, les conditions d’accès à l’emploi, mais aussi le mouvement antimondialisation,  joueront aussi un rôle essentiel dans la “radicalisation, la sensibilisation puis l’adhésion” des jeunes à la culture politique d’extrême gauche. Ces valeurs “antifascistes” qui semblent lointaines et incompréhensibles aux partis politiques dits «modérés», semblent plus qu’évidentes à la jeunesse progressiste.

Les idéaux mais aussi les valeurs politiques qui caractérisent l’extrême droite demeurent: racistes, homophobes, nationalistes, etc.

Le monde est à l’agonie. Au cours des 10 dernières années, plus de 60 pays dans le monde ont connu le goût des explosions sociales.

Le monde politique, est aujourd’hui éminemment au service des intérêts économiques et financiers, bien plus que des intérêts de la population. Plus qu’une nécessité politique, est devenue une obligation de stigmatiser et de radicaliser tous les mouvements opposés aux nouvelles politiques libérales et capitalistes.

Asservis par “le pouvoir des privés” et la logique du marché, les gouvernements se soumirent aux idées politiques d’extrême droite, qui préconisent et privilégient les mesures d’austérité, de répression sociale, d’autoritarisme, de contrôle migratoire, etc.

Le “vieux monde” doit résister à tous les mouvements populaires qui exigent une redistribution des richesses et le renforcement de l’État social.

Ces populations, ces citoyen.nes, plus éveillées et informées que jamais, embrassent et généralisent dans leurs formes de lutte, les “techniques” développées par des groupes autonomes, anarchistes, antifascistes et anti-mondialisation depuis les années 2000. A travers les réseaux sociaux, de monstrueuses manifestations prennent forme à Paris, Madrid, Lisbonne, Hambourg, etc.

Les manifestant.es conscient.es du pouvoir étatique et de l’armement répressif de la police, redéfinissent leurs libertés démocratiques… Ils et elles se masquent, se peignent, créent des affiches, font des blocus, des sittings, des opérations péages gratuits. D’autres se déguisent, s’habillent de noir, agissent en groupes décentralisés, sans hiérarchie, pour déstabiliser le pouvoir et (r)envoyer les messages d’une violence à la fois subie, à la fois rendue.

Ces connaissances qui se popularisent, génèrent de nouvelles identités qui échappent «dans une certaine mesure» au pouvoir des institutions. Désorienté, le pouvoir trouve chez les « antifascistes » et dans « la gauche radicale », l’ennemi intérieur, bouc-émissaire, l’instigateur de toute cette colère populaire.

La décevante réalité est qu’aujourd’hui la grande majorité des partis politiques de droite au pouvoir glissent vers la droite dure. Donc, les “ennemi jurés” se clarifient : l’extrême gauche, les islamogauchistes de la FI, les antifascistes, les black-block, les féministes, syndicalistes, les écolos “radicaux”, tous deviennent un instrument politique pour discréditer et domestiquer les luttes sociales légitimes.

Il est important et essentiel de comprendre ce processus de transfert de la violence. La faculté de projeter  “l’action violente” sur l’adversaire est réservée à ceux qui ont le pouvoir, qu’il soit médiatique, politique, économique ou social.

Celles et ceux qui revendiquent des avancées sociales, doivent les obtenir par des moyens non-coercitifs “dits démocratiques”. Même si cela dure des années ou ne se concrétise jamais.

Dans le passé comme aujourd’hui, chaque moment où les individus ont refusé de subir la domination, la pauvreté, l’abus, la discrimination, et se sont soulevés contre leurs maitres, ils ont été définis comme “des violents”, des extrémistes, voire même des terroristes.

Le recours à l’instrumentalisation de la gauche radicale par les gouvernements, va de Hong Kong au continent américain en passant par l’Europe. Récemment, avec le mouvement #BlackLivesMatter, Trump a voulu coller l’étiquette de terroristes aux antifas. Ces antifas seraient violents, meurtriers et financés par George Soros et l’État Profond (de l’anglais: Deep State). Le Qanon, mouvement conspirationniste d’extrême droite qui s’extrapole en Europe, a fini par séduire Michel Onfray et les médias d’extrême droite français.

Avantageusement, il existe encore dans le mainstream du journalisme de qualité. Le Reuters Fact Check et The Guardian ont publié deux articles qui déconstruisent les théories proliférées par les Trumpistes. Dans l’article “False George Soros claims” de l’agence de presse Reuters, on s’appuie sur l’idée que Soros détient un cercle de pouvoir “comme beaucoup” d’hommes puissants dans le monde. Néanmoins, il n’a pas financé le mouvement BLM ou les antifas. Dans The Guardian, la présumée violence des antifas est finalement mise en regard avec l’extrême droite qui pendant les 25 dernières années a tué 329 personnes aux États-Unis. Au contraire des mouvements antifas qui n’ont pas tué, avant les quelques rares incidents tragiques liés à BlackLivesMatter. En Europe, le scénario ne change pas énormément, plus de 100 personnes ont été tuées par le terrorisme d’extrême droite depuis 2001.

 

Dessin: Lea Ciocarelli

Le transfert de la violence

La France s’est toujours positionnée sur les plus hauts piédestaux de par son passé. Certes, un passé incroyable qui a inspiré le monde dans la lutte contre la tyrannie et dans la construction de l’idéal politique et social républicain. Ces principes, valeurs : « Liberté, égalité, fraternité » seront inscrits comme “droits de l’homme” par la Déclaration du 26 août 1789. La République française devient indivisible, laïque, démocratique et sociale.

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, et la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1948 à Paris, donnent au monde, à la France et aux Français une base politique pour guider leurs valeurs morales et éthiques.

Voici les cinq premiers articles de la DUDH:

Article premier

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Article 2

1. Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.
2. De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté.

Article 3

Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.

Article 4

Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.

Article 5

Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Avec le temps, les valeurs de ces deux déclarations se sont ancrées dans les associations humanitaires, humanistes et dans le moteur critique de la presse. Ces valeurs ont nourri les mouvements de décolonisation en Afrique et dans le monde. Elles sont aujourd’hui les guides éthiques et juridiques qui régissent une grande partie des relations internationales et de la géopolitique mondiale.

Malheureusement, ces valeurs politiques ne sont pas partagées et intégrées par tous. Dans ses “dualités et contradictions”, l’extrême droite se définit comme républicaine, au service des Français, de leur mode de vie et de leur culture. Elle prône l’harmonie au travail, dans l’éducation, la santé, etc. Même si le contact avec ” le Français de souche” est privilégié, elle s’insurge contre la précarité, l’abandon des paysans et défend la souveraineté, l’autosuffisance du peuple Français. Le Rassemblement National, mais aussi des fractions les plus extrêmes comme Génération Identitaire défendent (selon eux) les quartiers, les frontières, la sûreté nationale.

Rien d’unique ou de spectaculaire. Ce sont des approches politiques à l’image d’autres partis extrémistes en Europe comme l’UDS en Suisse, Aube Dorée en Grèce, l’AFD et PEGIDA en Allemagne, VOX et HSM en Espagne, CHEGA au Portugal, etc.

Manifestation à Rostock en défense de la culture Allemagne et stop à l’islamisation.

Manifestation à Madrid en défense de la culture espagnole.

Mais de quoi parle-t-on concrètement ?

La propagande politique d’extrême droite se traduit en fait, par une ligne politique qui viole un certain nombre de droits et de lois républicaines. Outre ses caractères nationaliste, raciste, xénophobe, homophobe, le RN et toutes ces personnalités qui nourrissent les groupuscules extrémistes se sont engagés dans un véritable appel à la haine. Plusieurs de ces acteurs étaient déjà condamnés en justice, pour appel à la haine, violences ou meurtre.

Dans l’imaginaire nationaliste d’extrême droite, l’appartenance à une même nation est authentifiée par l’origine ethnique, raciale et culturelle. La France selon le RN doit garder son intégrité et éviter tout type d’intrusion culturelle. Être islamophobe, s’attaquer aux migrants, être raciste, intégriste, sont des postures multiples, violentes qui sortent de plus en plus ouvertement sur la place publique. Ci-dessous, Jordan Bardella député européen au service du RN, soutient son “ami” Matteo Salvini, politique italien d’extrême droite (Ligue du Nord), accusé d’avoir fait “séquestrer” 132 migrants.

Nous parlons d’une société de clivages, de discriminations et de violences qui aux yeux de l’extrême droite apparaissent légitimes. L’incroyable paradoxe de l’extrême droite est donc qu’elle ne se voit jamais comme le précurseur de la violence. C’est évidemment pour cette raison que nous parlons de “transfert de la violence” dans la psychologie des partis d’extrême droite.

Dans le même mesure, nous pourrions parler “d’externalisation de la violence“, et même au-delà d’une fuite de responsabilités, car les violences commises contre la sûreté de la France ou la migration vers les pays européens, ne sont jamais un produit de la culture impérialiste française, ou du commerce d’armement, des positions politiques, pressions économiques, accaparement des ressources, guerre, etc.

La France est intervenue militairement « à près de quarante reprises sur le sol africain dans les cinquante dernières années et une vingtaine de fois entre 1981 et 1999. » Depuis 2009, plusieurs « importantes opérations, ont été menées : L’opération Avalon est une action de l’I.S.A.F menée par les Forces françaises en Afghanistan du 14 au 19 novembre 2009. Samedi 19 mars 2011, sur ordre du président de la République, le chef d’état-major des armées (CEMA) a lancé; l’opération Harmattan « en Libye ». L’opération Pamir en Afghanistan entre le 1er décembre 2012 et 31 décembre 2014. Le 11 janvier 2013 est le début de l’opération « Serval » au Mali. Le 19 septembre 2014, l’opération Chammal est le nom donné au volet français de l’opération interalliée Inherent Resolve (OIR) en Irak. »

https://pbs.twimg.com/media/ESqVTi1WsAApghg?format=jpg&name=small

Dans le graphique ci-dessus, nous pouvons voir quels sont les pays à qui la France a vendu des armes dans la région du Moyen-Orient. On parle d’un “chiffre d’affaires” entre 2015 et 2019 de quelques dizaines de milliards d’euros, 9 milliards d’euros seulement en 2018. Ce n’est pas par hasard que l’extrême droite évite de donner des explications sur les investissements français dans le monde, la vente d’armes ou l’accaparement des ressources des pays africains.

L’idéal suprémaciste se construit sur une hégémonie nationaliste “chez nous” et sur la nécessité impérialiste et économique “chez les autres”. Un comportement néocolonialiste basé sur l’idée d’une race supérieure, plus évoluée, dont le devoir est de guider et d’exercer son pouvoir de domination pour modeler et forger les pays dits “sous-développés” à leurs intérêts.

À ce sujet, dans plusieurs articles, nous avons souligné le fait que la droite dure a choisi expressément d’oublier les conséquences du passé colonialiste et de s’enfermer dans une sorte d’aveuglement politique. Le pire, est que ce genre de “pensée périmée” continue d’être diffusée dans les médias d’extrême droite, comme Valeurs Actuelles :

“La concentration de la pauvreté parmi les populations issues de certaines immigrations serait de la faute du peuple historique et plus généralement des Blancs. C’est un mensonge. Ces mêmes populations se sont révélées incapables de faire sortir de la pauvreté leur pays d’origine. Regardons le spectacle qu’offrent l’Afrique noire, le Maghreb ou encore les enfers obscurantistes et régressifs que sont l’Iran, le Pakistan et l’Afghanistan.”

Pour l’extrême droite, mais également pour la “droite dure” macroniste qui s’entête avec le séparatisme, l’islam et l’islamogauchisme, l’éducation joue un rôle fondamental. On constate que dans les dernières années, certains personnages de la fachosphère, et d’autres comme la fille de Brigitte Macron, ou les intégristes, se dédient à ouvrir des écoles, des facs, des forums, des instituts, etc.

 

 

 

Dans le cas de l’Institut de Sciences Sociales Économiques & Politiques créé en 2018 par Marion Maréchal, le texte d’introduction parle de lui-même. Une dialectique extrémiste, raciste et suprémaciste imparable. Selon l’institut, “beaucoup de grandes écoles, tout comme une grande partie de l’Université française sont devenues de véritables incubateurs des courants indigénistes, « décolonialistes », néo-féministes, LGBT, etc.“. Voici le texte dont est tirée cette assertion :

Jamais l’actualité n’aura à ce point conforté la nécessité de l’existence de l’ISSEP. D’abord, par l’incompétence manifeste d’une élite dépassée pendant la crise sanitaire et qui a démontré, une fois encore, l’importance de préparer la classe dirigeante à s’inscrire dans le temps long, à gérer une situation de crise complexe, à faire preuve de méthode et d’esprit critique, à s’inscrire dans une vision politique globale.

Ensuite, par la mise en lumière des revendications communautaires et indigénistes dans le cadre des affaires Floyd et Traoré. Ces deux phénomènes ne sont pas étrangers au thème de la formation des élites. Beaucoup de grandes écoles, tout comme une grande partie de l’Université française sont devenus de véritables incubateurs des courants indigénistes, « décolonialistes », néo-féministes, LGBT, etc. Les théories telles que le « privilège blanc », ou le « racisme d’Etat et systémique » y sont enseignées comme des vérités scientifiques sans aucune contradiction. Les jurys de recrutement et les comités en charge de l’orientation des crédits de recherche ont été noyautés et favorisent le plus souvent les travaux traitant des questions de « race et de genre ». Trop souvent, les élèves ou professeurs réfractaires sont au mieux silencieux, au pire écartés, harcelés voire agressés sous la pression d’une direction complice et de syndicats étudiants de gauche tout puissants.

Il est absolument essentiel que des lieux de liberté intellectuelle et scolaire existent pour contrer cette dérive dangereuse pour la cohésion de la Nation et permettre un véritable pluralisme.

Parmi le confus monde de l’extrême droite, rempli de contradictions, de récupérations politiques et d’amalgames, la “cohésion de la Nation” et le “véritable pluralisme” se traduisent en attaques contre les migrants non-caucasiens, les diasporas maghrébines ou issues de l’Afrique noire… Une vision séparatiste et raciste de la société plus facilement imputable aux autres qu’à soi-même.

Obsédé par les courants indigénistes et les courants islamistes, le monde politique de droite sombre. Pour le plaisir de la « haine xénophobe », la lutte contre le séparatisme devient l’une des grandes lignes de la course à la présidentielle. Sans surprise, Macron s’engage dans une rhétorique autrefois cramponnée à l’extrême droite. Une bataille en ascension pour les votes, mais en totale décadence du point de vue des libertés et du respect des droits de l’homme.

Que ce soit le tournant catastrophique de Macron ou le grand rapprochement des dirigeants de droite aux politiques d’extrême droite, clairement, ces politiciens n’ont “rien à foutre” des conséquences de leur propagande islamophobe sur la vie quotidienne de millions français.es d’origine arabe. Au manque d’empathie, s’ajoute l’abandon des cités… ménagées à coups de méthodes policières et politiques qui accentuent la discrimination déjà vécue et intériorisée intensément par ces différentes populations. Enfin, on se demande si c’est parce qu’il y a quelques centaines de radicaux islamistes en France, que toute une population musulmane pacifique et respectueuse des valeurs républicaines doit payer la facture.

  Pour affiner ce “transfert de violence” : ce n’est pas la propagande haineuse contre les “migrants mineurs”, ce n’est pas la théorie du grand remplacement, ce n’est pas la stigmatisation de l’islam et des Arabes, ni le racisme et la discrimination institutionnelle contre les populations originaires d’Afrique ou d’Asie Mineure, ni la dialectique intégriste homophobe, qui exalteront et pousseront ostensiblement à la violence.

Toute cette violence apparaît dans le spectre de la vie sociale comme provenant d’un seul côté : les arabes, les noirs, les gauchistes. C’est pour cela que nous l’appelons le transfert de la violence. Une série d’anti-valeurs, logiques et comportement extrêmement nocifs, qui attaquent les féministes, les migrants, les musulmans, les personnes racisées, et qui se transmettent “en roue libre” dans les journaux, dans les télés, dans les réseaux sociaux et dans les rues.

La question sécuritaire

Pauvres en matière de réflexion sur les mécanismes sociétaux, la droite macroniste ou l’extrême droite de Marine Le Pen, toutes deux, confondent chat et lièvre. Là encore, dans un réactionnaire transfert sécuritaire, “la violence de la société” émerge notamment de causes biologiques et psychologiques. Le manque de valeurs ou la mauvaise religion s’impose aux “théories de la tension”, la famille reste l’épicentre de la criminalité.

À l’égard du privilège blanc, la précarité, la pauvreté, la gentrification, les inégalités sociales, ne sont pas à l’origine de la criminalité. Triste destin.

Une grande partie de la logique d’armement brutal de la police, du renforcement de l’arsenal judiciaire et de la surveillance de masse, servira a priori à mettre fin aux violences dans les cités, mais se révèle une option politique à double tranchant. La réalité des faits a démontré que toutes les lois antiterroristes acclamées par l’extrême droite, finalement, sont plus utilisées pour réprimer les “dissidents français de souche” que les soi-disant éléments terroristes qui pourrissent la république.

 

Béziers (Hérault) – les affiches vantant l’armement de la police municipale – 11 février 2015. • © AFP PHOTO / SYLVAIN THOMAS

 

Le plan de sécurité de l’ancienne extrême droite apparaît dans l’histoire comme un glissement vers le totalitarisme. Une fois le nettoyage ethnique et politique effectué, tous ces instruments créés pour supprimer « l’ennemi » ne disparaissent pas, au contraire, ils sont utilisés pour homogénéiser et contrôler la société. La création d’un État policier, qui captive tout le spectre de la droite dure, s’enracine sournoisement dans nos sociétés, derrière la lutte contre les antifacistes, les trafiquants de drogue des quartiers, les islamistes.

Dans le Livre Blanc (ou plutôt, le livre pour les blancs) de Marine Le Pen publié en février 2020, 95 propositions destinées à sécuriser la France sont dévoilées. Marine Le Pen s’attaque aux squats, aux migrants, aux islamistes et bien sûr à ce qu’elle appelle les “territoires perdus de la république”.

Pour conclure cet article, et en solidarité avec les « Français de souche » mutilés par la république, rappelons-nous et étudions la dérive sécuritaire qui hante la France depuis Sarkozy. Cette logique réactionnaire et totalitariste a armé la police jusqu’aux dents. Aux milliers de blessés, se joignent des millions de citoyens traumatisés psychologiquement. Sujet terrifiant, dont les chercheurs commencent seulement maintenant à circonscrire la vraie étendue du problème.

 

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