Instant marqué en mémoire des victimes de féminicide à Montpellier

Ce samedi 21 novembre, sur la place de la Comédie s’est tenu un rassemblement co-organisé par les collectifs consœurs NousToutes34, NousToutesBéziers et NousToutes (national), accompagnées de l’association Zonta Montpellier Olympe de Gouges et le collectif des féministes latinas Sudakas. Celui-ci se tenait à l’occasion de la Journée de lutte contre les violences faites aux femmes et minorités de genre, dans le cadre de laquelle le collectif NousToutes a tenu des mobilisations à la fois en ligne et en réel, malgré l’état d’urgence sanitaire. Le violet a ainsi fait tâche d’huile à partir de 11 heures sous un soleil franc, au beau milieu de la place de l’Oeuf.

Nous étions déterminé·es à nous mobiliser physiquement, et à défaut de marcher ensemble, de montrer l’ampleur de notre mobilisation. Nous avons décidé de montrer l’ampleur du besoin. […] Aujourd’hui en France, et ce depuis le 25 novembre 2019, ce sont 99 femmes qui ont perdu la vie sous les coups de leur compagnon ou ex, et 9 travailleuses du sexe, dans l’exercice de leur profession. 108 victimes de féminicides, c’est 108 victimes de trop. Si nous sommes présentes aujourd’hui c’est pour ne pas les oublier, pour leur rendre mémoire et faire entendre leurs voix, ainsi que celles victimes de toute violence sexiste ou sexuelle. Nous pensons aussi aux femmes sans papiers, aux femmes sans abri.

Ensemble et unies pour une cause commune, l’insurrection face aux violences sexistes et sexuelles, et plus particulièrement face aux féminicides, bien trop nombreux comme toujours, plus d’une centaine de participantes se sont réunies, brandissant les pierres tombales symboliques de celles pour qui il est déjà trop tard cette année. Une photographe a pu figer l’instant depuis le balcon de l’opéra, donnant à voir le nombre de participant·es à l’événement. Des chants, danses et prises de parole ont eu lieu, avant que le collectif se joigne à la manifestation contre la Loi Sécurité Globale et vienne participer à l’ambiance festive sous les fenêtres de la Préfecture.

La photo mémoire de l’action par Adrienne Baladus

Les Sudakas ont parsemé le rassemblement de leurs chants, slogans et chorégraphies, Ni Una Menos (“Pas une de moins“) ou Un violador en tu camino (“Un violeur sur ton chemin“) :

Le patriarcat est un juge qui nous juge à la naissance
Et notre punition est la violence que vous ne voyez pas
Le patriarcat est un juge qui nous juge à la naissance
Et notre punition c’est cette violence que tu vois
Ce sont les féminicides, l’impunité des assassins,

C’est la disparition, c’est le viol.

Et le coupable ce n’est pas moi, ni mes fringues, ni l’endroit
Le violeur c’était toi
Le violeur c’est toi
Ce sont les policiers, les juges, l’État, le président

L’État oppresseur est un macho violeur (bis)

“Nous pensons aussi aux personnes trans assassinées, dont nous commémorions également la mémoire hier, à l’occasion de la Journée du souvenir trans. Nous pensons aussi aux victimes de féminicides partout dans le monde, et en particulier à nos soeurs et adelphes d’Amérique latine à qui nous devons le terme si dur, mais si vrai, de féminicide.”

La date du 25 novembre retenue pour le funeste décompte est en effet celle de l’assassinat des soeurs Mirabal en 1960, héroïnes et martyres des luttes contre la dictature de Trujillo en République Dominicaine.

Car au delà des chiffres qui s’éloignent grandement de la triste réalité, ce sont des vies qui sont en jeu, nos vies à toutes. Et nous en avons assez, assez de mourir parce que femmes ou perçues en tant que telles, assez d’être agressées sexuellement et violées, assez d’être harcelées, injuriées, menacées, frappées, rabaissées, humiliées, assez d’être persécutées et discriminées, assez d’être contrôlées, exploitées. Que ce soit dans l’espace public, au travail, ou à la maison.

Il est temps que la honte change de camp, il est temps que les choses changent réellement, que les victimes de violences sexuelles soient entendues, crues et soutenues. Qu’elles soient prises en charge correctement et accompagnées, que la loi change et en ce sens que le gouvernement nous entende. Car une chose est sure, nous ne nous tairons plus, et nous continuerons à faire entendre nos voix tant que des femmes mourront parce qu’elles sont perçues en tant que telles.”

A noter également, la présence sur cette action de la chorale le Cri du Choeur, qui a interprété le chant féministe Cancion sin miedo, ainsi que diverses personnes issues du milieu militant : Amnesty International, CQFAD, la Pride de nuit, les Mixeuses solidaires, SOS Homophobie, En route pour l’égalité…

Depuis un an, près d’une centaine de féminicides ont ainsi déjà eu lieu. Le collectif NousToutes agit pour faire changer les mentalités, que ce soit grâce à des événements de visibilisation tels que celui-ci, mais aussi grâce à des formations et des interventions en coulisses. Vous pouvez vous y intéresser plus en allant visiter leur site internet NousToutes.org.

STOP aux violences sexistes et sexuelles ! Besoin d’aide ? Une ligne d’écoute gratuite et anonyme est à votre disposition : 3919.

Rédaction : Razoksky ; Jude
Photographies : Photocratie

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