Malgré l’interdiction préfectorale, Montpellier de sortie contre la Loi Sécurité Globale

En décrétant l’interdiction de toute manifestation dans l’Écusson l’après-midi de ce samedi 5 décembre, le Préfet de l’Hérault a de toute évidence déstabilisé la mobilisation contre la Loi Sécurité Globale, qui avait choisi pour cette semaine des actions de sensibilisation sur la place de la Comédie, accompagnées d’un rassemblement qui devait se tenir à 16 heures. En ce week-end du Black Friday, les libertés fondamentales pesaient moins dans la balance que le business, après les appels éplorés du président de la CCI André Deljarry qui, à l’instar de nombreux collectifs de commerçants qui se montent partout en France, demande délibérément à interdire les manifestations, au mépris de nos plus justes droits.

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Mais il en fallait plus pour pousser les opposant·es au renoncement, qui ont du réagir précipitamment à l’interdiction pour continuer de faire vivre la flamme de la mobilisation malgré l’interdiction préfectorale. Au matin, les Gilets jaunes des Près d’Arènes ont manifesté sur le parcours de samedi dernier, au départ de la mairie et jusqu’au centre-ville, réussissant à mobiliser une grosse centaine de personnes.

L’après-midi, après plusieurs heures à tracter et sensibiliser la population venue en masse consommer dans le centre-ville, c’est sans doute l’une des conférences de presse les plus suivies de l’histoire de Montpellier qui s’est tenue sur la place de la Comédie, en dépit de l’interdiction de se rassembler. Plusieurs centaines de personnes sont venues écouter les prises de parole de membres du collectif Danger Loi Sécurité Globale,  regroupant une cinquantaine d’organisations qui en ont gros contre le texte liberticide. Et contre la décision du Préfet d’interdire l’action prévue initialement.

« Nous avons été désagréablement surpris de la décision du Préfet de l’Hérault de s’opposer à ce rendez-vous. A Montpellier, le représentant de l’État est entré en contradiction avec la parole présidentielle, préférant celle d’André Deljarry. » Le président Macron a en effet paradé d’une manière tout à fait surprenante cette semaine auprès de l’ONU, en déclarant dans une vidéo que la crise sanitaire ne devait pas être un prétexte à la « restriction de l’espace de la société civile, au recul de l’État de droit, aux atteintes à la liberté d’expression. » Il n’a pourtant pas eu besoin de la crise du coronavirus pour réprimer violemment toutes formes de mouvements sociaux.

« Il semblerait donc qu’il y ait eu une regrettable exception héraultaise » a ironisé Me Péchevis, membre du collectif, sous les huées du public. Avant de rappeler les exigences du mouvement : retrait complet de la Loi de Sécurité Globale, la fin de la dérive autoritaire de l’État, la primauté de l’État de Droit sur les projets de lois sécuritaires, la sortie de l’état d’urgence permanent et de son inscription dans le droit, et la recherche d’une société plus juste, solidaire et égalitaire. Les opposant·es ne se contenteront donc pas de la promesse démagogique de réécrire le très décrié article 24, avancée en dépit du principe de la séparation des pouvoirs par le premier ministre Jean Castex cette semaine, tentant de déminer la contestation.

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Le collectif avait pris soin de redécorer le parvis de l’Opéra des portraits caricaturés des 388 député·es ayant voté le texte à l’Assemblée nationale, et confectionné la réplique d’un énorme drone, représentation de la société de surveillance à laquelle le gouvernement nous destine tandis que les chiffres de la pauvreté explosent dans le pays avec la crise économique et sanitaire, et que les grandes fortunes continuent allègrement de se goinfrer de dividendes.

Finalement, l’appel a été lancé à se retrouver samedi prochain, le 12 décembre à 11h, pour une vraie manifestation cette fois, avec l’espoir de reprendre sur la lancée de la semaine dernière, qui avait vu plus de 5000 personnes manifester contre la Loi Sécurité Globale. Après la conférence de presse, une tentative de partir en manifestation sauvage s’est échouée face à la présence des forces de l’ordre.

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Photo: Photocratie







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