« Ceci n’est pas un spectacle » : des artistes de Montpellier performent pour prouver leur essentialité

C’est un cri du cœur, un véritable appel à l’aide qu’ont lancé samedi après-midi 180 acteur∙ices, danseur∙ses, chanteur∙ses et circassien∙nes. Ces artistes montpelliérain∙es se sont réuni∙es en collectif au nom évocateur : Les Essentiels. Leur essentialité, c’est ce qu’on leur refuse depuis le début de la crise sanitaire. Réuni∙es sur l’esplanade Charles-de Gaulle, ielles protestent contre le report de l’ouverture des lieux culturels, pourtant annoncé le 15 décembre. Ielles devront patienter, au mieux, jusqu’à début janvier. Et pour protester, quoi de mieux que de faire ce qu’ielles savent faire le mieux ? Quoi de mieux que de faire ce que le confinement et les directives sanitaires les empêche de faire depuis plusieurs semaines ?

Sur leurs habits noirs, un seul élément se détache. Un nez de clown rouge, symbole de l’image qu’ils semblent avoir aux yeux du gouvernement. Ou de celle qu’ils ont de la ministre de la Culture. Mené∙es par Katia Benbelkacem, danseuse et chorégraphe montpelléraine, autrice d’un long discours en préambule de la performance, ielles ont dansé devant le Corum, à quelques mètres de l’Opéra Berlioz devant lequel ielles auraient préféré se rassembler.

« Je vais danser. Parce que je suis en colère et désespérée, à n’en plus finir. Je vais danser parce que tout ce merdier me conduit à la mort économique, parce que j’ai peur pour mes libertés et que c’est le seul moyen que j’ai pour ne pas crever face à l’absurde. Je vais danser pour l’excellence à la française, qui ne se fera pas toute seule. Je vais danser pour qu’on puisse me voir, m’entendre, enfant non reconnue que je suis. » – Katia Benbelkacem

Face à la gestion de la crise, ce n’est pas seulement la culture qui en prend un coup, mais la création même. Qui, au vu du contexte actuel, du peu de reconnaissance que l’on accorde à ces artistes, ces « soigneurs d’âme », comme ielles se nomment elleux-mêmes, aurait encore le courage d’oser faire de l’art son métier ? Et quand bien même aurait-ielle le courage, y parviendrait-ielle ? « Les artistes ne bougonnent pas, madame Bachelot. Ils meurent. »

« Nous sommes au bord du gouffre du désespoir »

Laura est chorégraphe et prof de danse depuis 8 ans. Membre du collectif, elle explique être venue se faire entendre. « Nous sommes abandonné∙es. C’est difficile parce qu’on se sent comme des moins que rien, comme si nous, les artistes, nous n’étions pas important∙es », affirme-t-elle. Certainement l’un des secteurs les plus touchés par la crise, la culture semble pourtant être le moins pris en compte. Et de ce fait, son personnel aussi.

« Ceci n’est pas une fête, sinon de quoi devrions-nous nous réjouir ? Ceci n’est pas un spectacle. La performance du collectif Les Essentiels, c’est pas l’histoire d’une bande d’artistes en manque de scène et d’applaudissements qui, pour tuer le temps, dansent dans la rue. Ceci est une performance revendicative pour défendre la culture. » – Katia Benbelkacem

Extrait de la lettre  d’Ariane Ascaride, à l’attention d’Emmanuel Macron, lue lors de la prestation.

 

« Pourquoi eux, et pas nous ? Pourquoi leur considération à notre égard n’est pas à la hauteur de notre travail, de notre professionnalisme et de nos sacrifices ? ». Autant de questionnements qui résonnent et se heurtent à une réalité évidente : la culture s’efface derrière la santé économique des entreprises, bien plus importante. Dernière des préoccupations du gouvernement qui, il faut le dire, se concentre surtout sur le moyen de faire passer pour sécuritaire une loi qui a tout d’autoritaire, la culture est reléguée en seconde zone. Pas essentielle. Ces deux mots reviennent constamment. Une violence pour celles et ceux qui, chaque jour, se donnent en spectacle, sont une bouée de sauvetage dans l’océan de la réalité parfois difficile à avaler. Pas essentiel∙les. Vraiment ? « Nous sommes des fous, des trublions. Mais tous les rois en ont toujours eu besoin. »

Photos : Photocratie







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