Les Assistants d’éducation, snobés par Blanquer, se remettent en grève

Une soixantaine d’AED ont manifesté devant le rectorat ce mardi 19 janvier.

Ce mardi 19 janvier, les AED étaient remontés. Le matin même, invité sur le plateau de France Info, le ministre de la Jeunesse et de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, n’a pas eu le moindre mot pour eux. Il n’y en a eu que pour la gestion de crise sanitaire et le Bac, et il y a même eu une petite minute voile. Mais sur les assistants d’éducation : rien. Leur grève du 1er décembre dernier, une première depuis 2003 et la création de leur statut, n’a pas suscité la moindre réaction.

Ce jour-là, déjà, au rectorat, « ils avaient botté en touche sur à peu près toutes nos revendications, regrette Quentin, AED au collège des Escholiers de la Mosson. Sur la question de la titularisation, la DRH nous avait dit qu’on était mieux lotis que des chauffeurs Uber, et expliqué que notre flexibilité – en réalité notre précarité -, était due au fait que c’était un job étudiant. Or, ce n’est plus du tout un job étudiant. Selon nos sondages, il y a entre 15 et 30% d’étudiants dans les vies scolaires. » Ils ont également dit « qu’ils remonteraient nos revendications, au ministère », mais depuis, « on n’a eu aucune réponse officielle ».

Alors hier, pour le début d’une grève reconductible décidée par la Coordination nationale, le collectif Vie S’Colère 34 voulait taper fort. Après avoir donné une conférence de presse dans les locaux de Sud Éducation, ils étaient plus d’une soixantaine devant le rectorat pour soutenir la délégation reçue par trois agents. Un taux de mobilisation un peu décevant (ils étaient tout de même 80 à Béziers), d’autant que cette fois, il manquait le mégaphone. Mais le pire s’est déroulé dans le rectorat.

Cette fois encore, pendant que leurs camarades chantaient (« AED plus de blé, AESH plus de cash » ; « Jean-Michel Blanquer, pour tous les précaires, on vient te faire la misère »), la délégation reçue par trois agents du rectorat a trouvé une ambiance « très protocolaire, indique Mathieu, AED au lycée Pierre-Mendès France. C’est une arme massive. Ils te reçoivent dans un cadre qu’ils maîtrisent, à trois derrière une grande table, en mode grand oral. Ils s’attendaient à recevoir des AESH et membres de Sud Éducation, qui ont fait la demande de cet entretien. Ils n’avaient eu aucun retour du 1er décembre, ils n’étaient pas au courant de nos revendications ». En gros, « ils nous ont baladé », et ont très peu répondu aux revendications*, renvoyant vers des décrets, des règlementations, « faut voir au niveau local », « c’est pas nous », etc.

Avant la manifestation, le collectif Vie S’Colère 34 a tenu une conférence de presse dans les locaux de Sud Education.

Les AED ont pourtant des arguments à faire valoir. «On est les couteaux-suisses de l’Éducation nationale, estime Quentin. On est vraiment des pions, qu’on avance sur un échiquier dès qu’on en a besoin. On fait office d’agent de sécurité, de psychologue, d’infirmière, de surveillant, on fait de la surveillance de contrôle, du soutien scolaire, du secrétariat… On est sur tous les fronts et pendant la crise sanitaire, qui a-t-on mis au premier plan pour faire appliquer le protocole sanitaire ? C’est les AED. C’est nous qui sommes au portail, nous qui mettons le gel, nous qui rappelons toutes les 10 à 30 secondes aux élèves de mettre le masque. C’est sur les AED que repose le poids de chaque modification du protocole sanitaire et sécuritaire. Et comme on est au Smic et dans la précarité, forcément on le vit mal. »

« Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est le contexte sanitaire et l’augmentation de notre charge de travail avec le protocole sanitaire dans les établissements. », explique Yann, AED au collège René-Cassin, à Agde. Avec parfois « des injonctions contradictoires », précise Mathieu, entre « les mesures sanitaires qui nous demandaient de sortir les élèves, et les mesures antiterroristes qui nous demandaient de les rentrer. […] On nous change d’emploi du temps toutes les semaines en fonction des absences ou des injonctions. Des Service civique sont utilisés pour remplacer les gens en vie scolaire, c’est interdit. Et on n’a quasiment plus de mission éducative. C’est compliqué, avec un statut précaire, de s’opposer à ça ».

Et c’est compliqué d’aller manifester aussi. Quand on est comme la quasi-totalité des AED en contrat d’un an renouvelable (six fois maximum), il y a « beaucoup plus de peur, de stress de ne pas être renouvelé, indique Yann. C’est une arme pour la hiérarchie pour mettre la pression sur ce personnel précaire. Ça freine la grève ». Mais « le fait d’avoir été réduits pendant le Covid à des gendarmes sanitaires bon marché a généré un mal-être très profond. Pour que des gens se mettent en grève le 1er décembre, alors que c’était parfois la première grève de leur vie, il faut mesurer le niveau de mal-être ».

Malgré le silence du ministère, les AED sont déterminés. En sortant de cette deuxième audience, le collectif a voté la reconduction de la grève ces mercredi 20 et jeudi 21 janvier. Ce jeudi, une manifestation interdépartementale aura lieu à 12h30 devant la préfecture de Montpellier, puis devant le rectorat. Et mardi 26 janvier, le collectif répondra à l’intersyndicale, qui appelle tous les personnels de l’Éducation nationale à faire grève pour protester contre le budget de l’Éducation nationale en 2021, demander une revalorisation salariale et de meilleures conditions de travail. « On sera donc en manifestation et en grève ce jour-là, prévient Quentin, qui fait savoir que les AED ont déjà acté une nouvelle mobilisation après les vacances de février si on n’est pas entendus. Et on fera ça jusqu’à ce qu’on obtienne ce qu’on veut. S’il faut revenir en mars, en avril, en mai, en juin… Toute l’année sera perturbée si le ministère ne nous entend pas et ne nous répond pas. »

* Le collectif Vie S’Colère milite pour :
– La pérennisation de leurs emplois, la possibilité d’aller au-delà de six ans
– Un plan d’embauches massif
– La clarification de leurs missions
– La reconnaissance de leur statut d’éducateur scolaire
– L’accès à la formation
– Une augmentation de salaire (un temps plein gagne environ 1230 €)
– Une réduction du temps de travail (« passer de 40-42 heures à 35 heures »)
– La prime Rep et Rep + (« tous les personnels la touchent sauf les AED et AESH »)
– La gratuité des repas
– La suppression du jour de carence.

Vous pouvez suivre l’actualité du collectif Vie S’Colère 34 sur sa page Facebook et les soutenir via leur cagnotte en ligne.




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