Artistes en lutte à Montpellier : conjurer l’état d’urgence culturel

C’est une détresse profonde. Un déchirement. Une violence. Depuis presque un an, le monde de la culture est sous respirateur. Comme plongé dans un profond coma, dont les politiques semblent avoir bien peu d’empressement à l’en sortir. Une léthargie générale forcée, dont il a du mal à émerger, où il ne peut trouver à rebondir, privé d’espace, privé de public. Étreint. Dans une camisole.

Mais bien loin des hôpitaux, c’est dans la rue que la lutte pour la rémission de la culture s’est de nouveau jouée ce samedi 23 janvier après-midi à Montpellier, après un premier acte tenu en décembre dernier. Des collectifs, syndicats, et plusieurs centaines de personnes ont répondu à l’appel de la Carmagnole. Rassemblés au Corum, où une performance a d’abord été réalisée par le collectif « Les Essentiels », ces défenseurs du monde culturel ont ensuite déambulé jusqu’à la place Salengro.

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À défaut d’un vaccin, c’est une scène ouverte qui tenait lieu de remèdes à tous ces maux. Enfin, pour ces artistes privé·es de scène, l’occasion de s’exprimer, de s’exalter pour leur métier le temps de quelques instants, de s’extirper du carcan dans lequel ielles sont mis·es de force, de revendiquer ce droit à être reconnu·es comme indispensables, responsables, de conjurer ce mépris qui plonge le monde dans un véritable état d’urgence culturel : souffrance et libération s’entremêlent.

Mais de tout cela, ne se dégage vraiment qu’une seule chose. Un besoin viscéral de vivre, de retrouver la voie que ces artistes ont choisi d’emprunter, la voix qu’ils ont perdue depuis bientôt un an. Et pour celles et ceux qui les entouraient et les soutenaient ce jour, le besoin de trouver une vraie chaleur humaine, loin de la seule qui demeure aujourd’hui autorisée, entre galeries commerciales et transports en commun. Du slam au tango, de la fanfare aux marionnettes, le temps d’un après-midi au moins, le placebo a fait effet. Un seul mot d’ordre : rire, danser, chanter, crier. Et résister. Comme une injonction à vivre.

Clara Maillé, Jude Mas, Ricardo Parreira.

 







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