Nasse mobile à la marche des libertés de Paris

Samedi 30 Janvier, la mobilisation pour le retrait de la loi sécurité globale s’est donné un nouveau rendez-vous. Si un rassemblement était prévu sur la place de la République, un appel à manifester au départ de la place de la Nation a été lancé au cours de la semaine.

La journée, au contraire de la dernière manifestation, est ensoleillée. Sur place de la Nation, les manifestant·es commencent à se rassembler vers midi pour partir en direction de la place de la République à 13h. Beaucoup des présent·es sont en gilet jaune, mais un cortège « Art en grève » assez nourri est aussi présent et, nouveauté par rapport au 16, on voit deux grandes banderoles qui scandent, simplement, « destitution ». Au départ de la manifestation, nous entrons dans le cortège : malgré la quantité de policiers et de gendarmes, je parviens à rentrer sans me faire fouiller, ce qui est une nouvelle bienvenue par rapport aux dernières manifestations.

Par contre, le dispositif policier montre tout de suite toute sa force : les gendarmes et les CRS se disposent des deux côtés du cortège, et en doubles lignes. La manifestation est une véritable nasse mobile, et on ne se sent pas du tout à l’aise à l’intérieur. Pourtant, la plupart du parcours on marche tranquillement, les sons diffusent leur musique (la techno est encore une fois présente en force) et l’atmosphère est festive. Une petite fille salue les manifestant·es de son balcon, et elle devient pour quelques moments la mascotte du cortège. Les chants s’enchaînent, on appelle souvent les spectateurs à venir rejoindre la masse. Et entre temps la police s’équipe, les casques sont mis et les boucliers sont levés, les compagnies se dépêchent et forment des cordons menaçants.

Une fois arrivé sur l’avenue de la République, le cortège est pris dans les filets : les charges s’enchaînent, plusieurs manifestant·es sont frappé·es au sol. Les policiers matraquent, utilisent les gazeuses plutôt que des grenades lacrymogènes (ce qui indique une variation de tactique au cours de cette mobilisation, par rapport aux périodes des gilet jaunes et de la grève de l’année dernière). Des personnes sont violemment interpellées et les manifestant·es réclament leur libération, mais les charges continuent. Quelque policier est tellement pris par l’adrénaline qu’il se retrouve isolé au milieu de la rue. Mais il n’y a aucune voie de sortie pour qui se retrouve dans la nasse, et on peut seulement continuer à crier, essayer de marcher encore.

Je suis mis KO par une gazeuse et accompagné à côté de la manifestation par un medic. Je vois donc depuis l’arrière la charge que AB7 média filme de l’autre côté. Le commandant des CSI ne donne aucune sommation, il prévient simplement ses subordonné·es : « à l’explosion, on charge ». Il jette ensuite une grenade lacrymogène et les policier·es se lancent sur les manifestant·es. Le seul but de cette charge est de faire peur, visiblement : personne n’est interpellé, deux personnes sont jetées au sol et frappées à coups de pieds. L’inutilité de la force employée est une violence en elle-même. En tout, les charges durent quelque chose comme 30 minutes. Puis, le cortège rejoint enfin la place de la République.

Les présent·es ont environ une heure pour se poser, danser, manger quelque chose. Les banderoles « destitution » sont hissées à la base de la statue. Ensuite, la danse recommence : la police restreint la nasse (deux camions à eau sont prêts sur les boulevards qui départent de la place), charge et matraque sauvagement les manifestant·es, qui s’échappent comme ils et elles peuvent.

Encore une fois, la violence nue et crue se révèle non seulement comme l’outil principal du maintien de l’ordre, mais aussi comme but à atteindre : la violence sans raison, la violence qui fait peur, qui pourrait nous frapper d’un moment à l’autre. Nous ne pourrons plus espérer que cette violence soudainement diminue, une fois déchaînée elle est manifeste, elle ne peut pas retourner sur ses pas. C’est cette force qui est là pour nous encadrer, c’est à cette force qu’il faut faire face.




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