Menacé d’expulsion, Souleymane Sow gagne un sursis de six mois, la mobilisation ne faiblit pas

Cent-cinquante personnes étaient présentes devant la mairie de Fabrègues pour soutenir Souleymane Sow.

Cent-cinquante personnes (et un père Noël) étaient présentes au rassemblement pour Souleymane, ce samedi 30 janvier, devant la mairie de Fabrègues. Depuis le précédent rassemblement sept jours plus tôt, les choses ont (un peu) bougé. Le préfet a annulé pour six mois l’OQTF transmise à Souleymane Sow en guise de réponse à sa demande de titre de séjour, et qui lui demandait de quitter la France au 31 janvier. Un sursis qui s’apprécie, malgré son goût amer. Sans passeport, il n’a toujours pas le droit de travailler. Souleymane est prié d’aller chercher un passeport et un visa en Guinée. Pour une fois qu’un patron peut embaucher un jeune méritant, et qu’il le fait (en CDI s’il vous plaît), le voilà contraint de le licencier. Drôle de récompense pour ce boulanger de 24 ans, qui a tenu la baraque pendant le confinement, et faisait le trajet de nuit tous les jours depuis Montpellier, à velo d’abord, puis en scooter.

« Oui, le préfet aurait pu, s’il avait voulu, donner l’autorisation de travailler, regrette le député Patrick Vignal (LREM), reçu à la préf avec Souleymane et sa marraine Géraldine mercredi dernier. La difficulté, c’était que si on autorisait Souleymane, il ouvrait aussi la porte à beaucoup de demandeurs ». Il s’agit maintenant de mettre maintenant ces six mois de sursis à profit. « On va être clairs, avec Muriel (Ressiguier, députée LFI) : il est hors de question qu’il parte en Guinée. S’il prend l’avion, il ne rentrera pas, vous le savez tous. Mercredi matin, on ira à l’ambassade de Guinée (à Paris). On veut que dans les deux mois qui arrivent, on puisse obtenir une carte consulaire et obtenir un passeport ».

Souleymane Sow a remercié ses soutiens dans un bon français.

En attendant ces papiers, Souleymane est sans travail, donc sans ressources, et même sans scooter puisqu’on le lui a volé dans la nuit de samedi à dimanche. Très touché du soutien et « content qu’ils aient repoussé l’obligation de quitter le territoire », il se demande « comment faire pour vivre, parce que je dois vivre, comme tout le monde ». Une cagnotte a été organisée par Solidarité – Réseau Education Sans Frontière* pour l’aider financièrement.

« J’espère qu’on pourra lui trouver un logement pour le loger décemment sur cette commune, dit à son tour le maire de Fabrègues, Jacques Martinier. Comme ça il pourra travailler et refournir du pain aux français ». Parce que « Souleymane n’est pas venu pour manger le pain des Français. Il est venu pour le faire ». Rappelant que « Fabrègues a toujours été une terre d’accueil », qui a accueilli des Espagnols, des Italiens, des Belges. Et aujourd’hui un Guinéen.

Michèle Matéo, qui a lancé le Comité de soutien à Souleymane, était rassurée de tant de soutiens : « Dès le premier jour, de nombreux élus se sont réunis, en dépassant leurs divergences politiques pour faire cause commune, et intervenir ensemble auprès de la préfecture. Avec eux, la Ligue des Droits de l’Homme et la Cimade sont membres du comité, et sans eux, les choses seraient beaucoup plus difficiles ». Rassurée aussi « parce que nous sommes nombreux à dire : non, l’autre, le différent, n’est pas une menace, n’est pas un danger. C’est juste un être un être humain avec qui nous devons partager, et avec qui nous prenons plaisir à partager les choses. Merci d’être là. »

Alain Jabouin, de la LDH, se félicite lui aussi de cette « action transpartisane ». Et rappelle que « Souleymane est un parmi les milliers qui sont en France, hébergés dans des conditions effroyables, dans des hôtels, des squats, ou à la rue, ou « hébergés » contraints en centre de rétention administrative ». Thierry Lerche, de la Cimade, va dans le même sens : « On vient de recevoir les dernières informations du ministère de l’Intérieur sur l’immigration. Les visas ont été divisés par trois cette année. Demander la régularisation de Souleymane, c’est le minimum. Il n’y a pas si longtemps, il y a eu une marche des sans-papiers à travers toute la France, qui sont ici, qui travaillent bien souvent dans des conditions très compliquées, qui ont essayé de rencontrer le gouvernement mais qui n’ont pas été reçus. Il faut savoir les écouter et savoir apporter une réponse à leur demande de régularisation. »

« Je suis très heureuse de voir dans une société qui est individualiste, où c’est marche ou crève, Souleymane qui a réussi à provoquer cet élan de fraternité
, se félicite aussi Muriel Ressiguier. Tu es là pour six mois, on va continuer à t’aider, on en prend l’engagement formel, et on ne t’abandonnera pas. » Et comme le père Noël était là, Patrick Vignal a fait une dernière intervention. « Je viens de raccrocher avec Carole Delga (présidente PS de la Région). Elle va s’engager à pouvoir t’inscrire à un CAP de boulangerie. Ce sera un argument de plus. » Les Mass Oukatann, le groupe de percussions que Souleymane a intégré, pouvaient alors mettre un peu de joie au milieu des gouttes de pluie.

*Infos au 06 32 66 01 86 ou par mail à soutiensouleymane@yahoo.fr




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