Kolombie’Arte, entre lutte, fête et solidarité

En ce samedi 17 juillet, l’Oasis Citadine à Montpellier prend des airs d’outre-Atlantique. Et ce n’est pas seulement dû à la forte chaleur, écrasante, qui s’abat sur les jardins collaboratifs. Non, il s’agirait plutôt des drapeaux colombiens qui flottent, accrochés sur les bâtiments en bois, et des costumes traditionnels que l’on peut apercevoir parmi la quarantaine de personnes rassemblée là. En effet, cette journée était dédiée à l’organisation d’un événement : Kolombie’Arte. Au programme, danses, concerts, animations, projections et gastronomie colombienne… En bref, la culture colombienne à l’honneur. Mais attention à ne pas s’y tromper, malgré l’air détendu et les sourires qu’affichent certains visages, l’heure n’est pas complètement à la fête. Et pour cause, l’événement a un but bien précis : il s’inscrit dans un mouvement de soutien au peuple colombien qui subit depuis quelques mois maintenant une violente répression militaire.

« Cet événement est d’abord une réponse à la mobilisation prévue le 8 mai dernier au parc Rimbaud et annulée par le préfet », précise David, l’un des organisateurices de la journée. En effet, invoquant des conditions sanitaires inadéquates, les autorités n’avaient pas permis que l’événement se déroule dans l’espace public. Pas de problème du type cette fois-ci, puisque le lieu a été prêté par les propriétaires. La date, elle non plus, n’a pas été choisie au hasard. « Le 20 juillet marque la fête nationale colombienne, qui célèbre à l’origine l’indépendance de la Colombie, explique David. C’est une journée de grosses manifestations, surtout à Bogotá, la capitale. C’est pour cette raison que c’était important pour nous d’organiser cet événement de soutien avant le 20 juillet. »

« Créer du lien »

Un autre aspect de la journée, et non des moindres, était de mettre en lien des personnes de différents horizons et qui ne se connaissent pas forcément. « Nous avons tout fait pour que les gens puissent se rencontrer, ajoute encore David. Toutes les prises de parole étaient traduites en français et en espagnol pour que tout le monde puisse comprendre. » Et c’est plutôt réussi puisque selon l’organisateur, l’événement, pourtant peu partagé sur les réseaux sociaux a réuni tous types de profils. « BDS Montpellier, avec qui nous avions partagé un rassemblement le 8 mai dernier, était invité et a tenu un stand pendant la journée. Il y a aussi eu des Colombien∙nes évidemment, d’autres personnes originaires de l’Amérique latine, ainsi que des Français∙es, complètement étranger∙ères à la manifestation au départ, qui venaient voir les jardins et avec qui nous avons pu discuter. » Au total, près d’une centaine de personnes se sont relayées tout au long de la journée dans l’Oasis Citadine.

Événement dans l’événement, la présence du journaliste colombien Daniel Mendoza Leal était aussi très attendue. C’est très simplement, debout devant une vingtaine de personnes suspendue à ses lèvres, qu’il a répondu aux questions du public. Trop peu connu du grand public en France, Daniel Mendoza Leal est pourtant une grande figure de la lutte anticorruption en Colombie. Il est notamment le réalisateur de la série-documentaire Matarife, qui expose les liens étroits qu’entretient l’ancien président Alvaro Uribe Vélez avec les réseaux de trafic de drogue et paramilitaires. La série, disponible gratuitement en intégralité sur Youtube, aura valu au réalisateur une tentative de mise sous tutelle de son œuvre, ainsi que des menaces de mort, justifiant son exil en France où il est aujourd’hui réfugié politique. À noter que la saison 2, « du trash métal comparé à la douce berceuse qu’était la saison 1 » selon les mots de Daniel Mendoza Leal, est également sortie depuis le 20 juillet.

« J’existe en France, mais je vis en Colombie », assure-t-il à l’assemblée. L’occasion de revenir sur son parcours et d’entendre son analyse de la situation au-delà de l’Océan Atlantique. « Pensez-vous que justice soit faite un jour ? », lui demande-t-on. « Je l’espère. Le gouvernement tient la justice, le sénat et le président comme une marionnette, alors il est difficile d’imaginer une sortie, répond-il. Mais croyez-le ou non, j’ai foi. »

 

Solidarité avec les victimes

Au total, ce sont quelque 784,46 euros qui ont été récoltés pendant la journée. La somme sera divisée, une moitié reversée en soutien à la série de Daniel Mendoza Leal, qui subit continuellement de lourdes attaques juridiques, et l’autre destinée à aider les premières lignes victimes de la répression en Colombie. Pour rappel, à ce jour et depuis le 28 avril, 44 personnes ont été tuées par la police lors de manifestations.

Un moment hors de l’espace et du temps, c’est un petit peu l’impression que donne le rassemblement, entre joie d’être ensemble et désarroi d’être si loin. Quoi qu’il en soit, si les corps sont à l’Oasis, les esprits, eux, sont bien en Colombie.







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