La communauté chilienne de Montpellier au soutien du peuple Mapuche

Je suis capable de voyager dans les temps à travers mes rêves. Je suis grand-mère. Je suis fille. Je suis maîtresse. Je suis apprenante. J’habite où il y a les êtres de la Cordillère, j’habite avec la rivière. Vous qui êtes ici présent∙es, vous pouvez me répondre, en qui vous êtes-vous transformé·es ?

C’est un drôle de personnage qui attire l’attention des passant∙es au pied de la fontaine des Trois Grâces à Montpellier. Une marionnette, animée par une silhouette dont on ne distingue le visage – dissimulé derrière une capuche noire – qu’à quelques occasions, évolue entre les quelques personnes disposées en cercle. Elle s’approche, s’éloigne, s’allonge et se relève, récitant en espagnol un texte dont la traduction est simultanée. Derrière elle, des instruments accompagnent son récit.

En ce dimanche 14 octobre au soir, alors que le soleil se couche sur la place de la Comédie, iels sont une quinzaine à être rassemblé∙es autour de pancartes et de quelques drapeaux posés au sol.
« Nous sommes ici pour rendre visible la lutte du peuple Mapuche, le peuple ancestral du sud du Chili et de l’Argentine.
 D’abord, ce sont les Espagnols qui les ont colonisés, et maintenant l’Etat chilien continue de les tuer. Nous sommes ici pour faire que les prisonniers politiques mapuche puissent être libérés et puissent rentrer dans leurs terres. Nous sommes les Chiliens et Chiliennes de Montpellier, qui venons dire stop. »

La vie est faite de mouvements autant physiques qu’internes. Pour pouvoir prendre le fil perdu, nous devons comprendre que nous faisons partie de cette terre. Nous sommes cette terre. Nous faisons partie d’un univers. Nous devons comprendre que nous sommes un réseau, un micro-organisme qui fait partie de cet univers.

Stop, aux assassinats de Mapuche perpétrés par l’Etat chilien. Stop, à la répression policière et à la militarisation croissante du sud du Chili. Stop, à l’accaparement des terres par des entreprises aux mains de multimillionnaires.

Pour rappel, les Mapuche sont un des peuples aborigènes du sud du Chili et de l’Argentine. Les chiffres des recensements sont souvent contestés, mais iels seraient ainsi entre près de 600 000 à vivre au Chili (soit 4 % de la population) et entre 80 000 et 200 000 en Argentine… Des chiffres en constant effondrement depuis des dizaines d’années.

 

J’ai nagé dans des eaux souterraines. Jusqu’au fond de cette rivière, il y a avait une grotte qui communiquait avec l’extérieur. Et quand j’ai réussi à sortir, il y avait le désert, il y avait les forêts amazoniennes, les jungles, les glaciers. Et c’est là que j’ai connu l’esprit des ancêtres.

Et la cause de tout ça, c’est une politique violente des gouvernements néolibéraux qui cherchent à supprimer toute forme d’opposition à l’exploitation des ressources par les grandes entreprises. « Le 12 octobre 2021, le président chilien Sebastian Piñera a décrété l’état d’exception dans deux régions du sud du Chili, en réponse aux revendications et mobilisations des communautés Mapuche. Cette mesure a permis de renforcer, encore plus, la militarisation existant depuis deux décennies de ces territoires et elle a entraîné une aggravation des tensions existantes ainsi qu’une augmentation de l’escalade de violence de la part des effectifs militaires, policiers et groupes paramilitaires d’extrême-droite. »

Il y avait aussi ceux qui avaient beaucoup de haine dans leur cœur. Il y avait le serpent, la sécheresse, le chaos, les inondations. Les voix des oiseaux qui n’ont pas réussi à survivre à cette terre. On m’a raconté que dans cette dimension, la mort est en train d’apparaître, et que nous n’avons rien fait pour prendre soin les un·es des autres.

Si le conflit dure depuis des dizaines d’années, la mobilisation de ce dimanche n’est pas sans raison. Un événement a ravivé la mobilisation internationale ces derniers jours. Le 3 octobre, 2 membres de communautés Mapuche étaient tués par la police lors d’un affrontement consécutif à une arrestation. « Cette nouvelle vague de répression dans le sud du Chili a non seulement provoqué la mort d’un jeune homme (qui s’ajoute à la liste déjà longue des décès de Mapuche à la suite de violences policières), mais a également fait quatre blessé·es par des tirs militaires, dont Iván Porma Leviqueo, qui lutte pour sa vie à l’hôpital de Temuco. »

Alors au-delà de réclamer une réflexion sur la résolution de ce conflit, c’est pour tenter de déclencher une prise de conscience nationale et internationale sur la situation dramatique du peuple Mapuche. « [Nous demandons] aux Institutions internationales et nationales de Défense des droits humains une urgente intervention auprès des autorités de l’Etat chilien afin que cesse cet état d’exception, avec le retrait immédiat des effectifs militaires et policiers dans les territoires Mapuche en résistance. »

On ne connaît plus les rituels, on ne vivait plus les coutumes. Nous avons déconnecté notre âme du cosmos. On a dit qu’il fallait tout brûler. Ne plus rien laisser. Et soudain, le son d’un kultrun. Le son de mon cœur.

Alors pendant que les tensions s’exacerbent toujours plus, côté communauté internationale, c’est toujours la même chose. À l’ONU, on s’émeut, on s’inquiète, on condamne… bref, on fait un communiqué. Et ça s’arrête là. Dans le dernier en date, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme pour l’Amérique du Sud, Jan Jarab, se dit « préoccupé par le fait que les autorités justifient le recours à la force pour établir « l’ordre public » sans tenir compte des victimes » et « condamne la spirale de la violence dans la région et appelle les autorités et tous les acteurs à progresser vers des instances de dialogue et d’accords transversaux ». Mais les effets concrets sont inexistants.
Côté Union Européenne – qui se vantait par ailleurs en 2004, lors de la signature de l’Accord de Libre Echange d’être le « premier partenaire commercial du Chili, absorbant plus du quart de ses exportations » – silence radio. En France, le sujet est quasi-absent. Belle solidarité internationale. Et en même temps, difficile d’intervenir dans la politique intérieure d’un pays quand celui-ci est intégré dans plus d’une trentaine d’accords de libre-échange et d’accès préférentiels.

Une question m’a été révélée. Ecoute-moi bien, tu n’as pas à me répondre immédiatement. Qu’est-ce qui doit mourir en toi ? Qu’est-ce qui doit mourir en toi pour prendre soin de ce qui reste encore en vie en toi. Qu’est-ce que tu fais toujours qui provoque un recul ?

Et pourtant, malgré l’indifférence générale, elleux sont bien là. Iels ne sont ni nombreux, ni vraiment bruyant∙es. Mais pendant un temps, la lutte Mapuche traverse l’Océan et vit dans les discours et les pensées.

Entendez le son de la rivière, le son du cœur. La rivière qui court en toi, qui court en moi. Nous allons aider cette rivière, nous allons continuer de lutter. Nous allons continuer dans la rivière. Je pars en courant. Je vous emporte dans mon cœur.

 







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