La pandémie Amazon : pas de bisous pour Bezos !

Si la crise du coronavirus aura vu tous les marchés mondiaux chuter vertigineusement et les fortunes de nombreux milliardaires s’écrouler, ce n’est malheureusement pas le cas pour Jeff Bezos, fondateur de la multinationale Amazon, qui a vu ses économies bondir de plus de 24 milliards d’euros, en faveur du confinement. Celui-ci aura en effet poussé de nombreux consommateurs à faire appel au géant du numérique pour se faire livrer des produits dont on ne doute pas de l’indispensabilité en ces temps épidémiques (voir un exemple, pris au hasard…).

Comme on le sait, Jeff Bezos est très soucieux de la qualité de vie de ses “collaborateurs”, très largement intérimaires lorsqu’il s’agit des petites mains qui s’activent pour préparer les colis, et des livreurs “indépendants” qui les acheminent en échappant à toutes les protections sociales ou juridiques du salariat. Une forme d’exploitation humaine poussée à l’extrême (calcul des temps de pause, pressions sur la cadence de travail, robotisation, versatilité des emplois) qui est naturellement le ferment de l’immense fortune de l’américain.

En dépit de cet effort humaniste pour assurer les pires conditions de travail à ses employés, Amazon est également responsable de ce qu’on peut qualifier de désastre écologique tout alentour de notre planète, et particulièrement en France où la firme s’emploie à bétonner nos territoires tout en corrompant nos élus (voir notre article : Fournès, comment Amazon arrose nos élus et ruine nos paysages).

Chaque année, au-delà des destructions de plus de 3 millions d’objets invendus, Amazon génère à elle seule plusieurs dizaines de millions de tonnes de CO2 rejetées dans l’atmosphère en raison du tentaculaire réseau de transports (camions, cargos, avions) mis en place pour acheminer les colis, et de ses myriades de serveurs informatiques. C’est sans parler également de l’artificialisation des sols consécutive à la construction de centaines d’hectares d’entrepôts et des infrastructures routières déclinées pour permettre le passage des poids lourds.

En France, malgré les efforts de quelques vilaines associations de babos écologistes et décroissants (voir notre reportage: Blocage d’Amazon à Montélimar : dénoncer le profit à outrance), jusqu’ici tout se passait pourtant bien ! Encore mieux même avec ce satané Covid-19 !

Mais patatras ! Voilà que suite à une assignation du syndicat SUD-Commerce, soutenue par Les Amis de la Terre, et médiatisée par d’autres associations telles qu’ANV-Cop21 ou Attac, le tribunal de Nanterre (sans doute encore un juge rouge…) ordonne au groupe de cesser la livraison de produits non-essentiels.

A la base, ce sont surtout les conditions indignes de protection sanitaire offertes aux salariés du groupe, dont la cadence de travail n’a pas vraiment baissé avec le confinement, au contraire, qui ont motivé une telle décision. En effet, tout le long du mois de mars, alors que l’épidémie battait son plein, les employés n’ont eu de cesse de réclamer les protections nécessaires : gel hydroalcoolique, gants, masques, etc…

Quoiqu’il en soit, Amazon ne pourra plus livrer que des produits d’hygiène, de santé, ou alimentaires, représentant environ 10% de son activité. Mais la Justice laisse à la firme la possibilité de mettre en place un certain nombre de mesures de protection sanitaire, que des représentants de ses employés devront alors valider. Si elle ne respecte pas cette injonction, elle sera punie d’un million d’euros d’amende par jour. Aïe aïe aïe, mon portefeuille !

Face à cette décision judiciaire catastrophique, Amazon décide donc de fermer tous ses entrepôts français, et annonce sur Twitter, sans rougir, qu’elle continuera ses livraisons grâce à ses collaborateurs indépendants et à son “réseau de distribution mondial”. En gros, les colis continueront d’arriver, mais des pays frontaliers de la France, tout en transmettant potentiellement le coronavirus aux acheteurs (celui-ci peut survivre jusqu’à 24h sur du carton, et 72h sur du plastique !).

Humaniste jusqu’au bout, la multinationale se montre non seulement soucieuse des consommateurs, mais également de ses employés, puisqu’elle alerte dans la même série de twitts sur les conséquences néfastes sur l’emploi qu’entrainera cette décision :

Il est un brin caustique de la part d’Amazon de s’inquiéter à ce point d’un quelconque impact économique sur les TPE et PME françaises, tant la multinationale est responsable de la disparition de nombre d’entre elles, qu’elle a éhontément précipité vers la faillite en engageant une guerre des prix, des soldes et de la livraison gratuite à tous ses concurrents quelle que soit leur taille. Aussi estime-t-on qu’un poste créé chez Amazon entraîne la suppression de deux emplois sur notre territoire. Et encore, on ne parle même pas de l’évasion fiscale que pratique le géant de la livraison de conneries…

Quoiqu’il en soit, comme toujours, c’est bel et bien l’argent qui fait tourner le monde, même si c’est parfois à rebours…

Crédit photo : Denis Carrascosa

La Mule a besoin de votre soutien

La Mule du Pape est un média libre et indépendant, financé par ses lectrices et lecteurs. Votre soutien est déterminant pour la poursuite de notre action, totalement bénévole, qui vise à offrir un espace de visibilité aux multiples luttes locales dans la région de Montpellier et à interroger les rapports entre le pouvoir politique et la population.

Face au monopole de groupes de presse détenus par des milliardaires, LMDP défend une information libre, apartisane et engagée, déliée de la question économique. L’accès à notre site est ainsi totalement gratuit et sans publicités.

Je soutiens la Mule par un don ou un abonnement à prix libre !

Partager