Front commun contre le projet Décathlon Oxylane

Une trentaine de militants d’Extinction Rebellion Montpellier ont mené une action de blocage et de sensibilisation contre le projet Décathlon Oxylane, qui prévoit la destruction d’une vingtaine d’hectares de terres agricoles à Saint-Clément-de-Rivière, au bénéfice d’un immense centre-commercial axé autour de l’enseigne Décathlon, aménageur du projet et qui possède déjà quatre grandes surfaces aux abords de la ville. Cette action était organisée en lien avec la campagne de mobilisation du 17 juin “contre la réintoxication du monde“.

Entre bétonisation et surconsommation, un projet “d’un autre temps”

Cela fait presque dix ans que le projet Oxylane a été annoncé, promettant à l’origine un “espace naturel de détente“, sorte de village dédié à la “santé, aux loisirs, sports et bien-être“, sur une surface de 24 hectares (16 terrains de foot). Décathlon promet alors que l’aspect bien-être occupera “le plus vaste espace” de ce projet qui s’inscrit dans un déploiement multiple sur le territoire français : terrains de sport en libre accès, aires multijeux, parcours de cross. L’enseigne se targue de vouloir choyer sa clientèle et de prioriser son bien-être.

La réalité du projet présenté en enquête publique en octobre 2014 est toute autre : quatre grandes enseignes (Décathlon, Truffaut, O’Terra, et une enseigne “culture-loisir” encore inconnue) et leurs parkings, ainsi qu’une dizaine de locaux dédiés à la restauration ou à des activités en salles et des services, se partageront 18 des 24 hectares de la parcelle aménagée. Ne resteraient donc que 6 hectares d’espaces dédiés pour moitié à des activités agricoles, et pour l’autre, à un parcours de santé au sein de l’espace boisé classé intégré au projet, où serait aussi installé une activité accrobranche.

Des citoyen.nes mènent le front contre Décathlon

Face à la démesure d’Oxylane et dès 2014, des citoyen.nes et associations se sont organisé.es en un collectif, baptisé à rebours, “Oxygène”. Rapidement, leurs efforts mettent le doigt sur l’aberration que représente le projet. La destruction de 17 hectares de terres agricoles viables en zone péri-urbaine, pour “attirer jusqu’à 8500 véhicules par jour, porter une atteinte irréversible à un paysage en harmonie totale avec son environnement (présence des beaux bâtiments du Mas des Fontanelles, du « château » Leenhardt, de la colline de Piedmarche, etc.)” explique le collectif sur son site internet.

Les dangers que fait peser le projet sur l’environnement local ne s’arrêtent pas à des considérations esthétiques. Risques d’inondations, menace sur les nappes phréatiques, pollution de l’air, impact économique sur les commerces locaux, soustraction de terres riches et arables au détriment de l’installation de jeunes agriculteurs, perturbation de la biodiversité locale qui compte plusieurs espèces protégées communes à nos campagnes, les risques qui découlent de ce type d’entreprises économiques sont souvent les mêmes.

Le collectif Oxygene, qui ne s’oppose pas en soi à tous types de projets, s’active alors par tous les moyens, pour alerter la population et les sphères politiques ou médiatiques de la démesure et de l’inutilité d’Oxylane. Ils déposent recours sur recours, saisissent des instances ou experts environnementaux, des associations, font évaluer les impacts économiques et écologiques du projet, remettent en question l’engagement politique de la communauté de communes en faveur de celui-ci.

Le déconfinement de la lutte contre Oxylane

Les militants du collectif Oxygène n’ont pas confiné leurs combats. Au mois d’avril 2020, une lettre ouverte cosignée par 5000 personnes, personnalités telles qu’Edgar Morin, Jean Ziegler ou Jacques Testard, scientifiques et chercheurs, habitants, est envoyée au directeur général de Décathlon. Depuis la fin du confinement, le collectif a organisé le 17 juin 2020 une action pique-nique réunissant près de 150 personnes dont de nombreux militants, et ce dans le cadre de la journée d’actions “contre la réintoxication du monde”.

Photo XR Montpellier

La nouvelle action d’Extinction Rebellion vient répondre à cette action de déconfinement, et déclenche une logique de pression un peu plus incisive à l’égard de Décathlon. Les militants ont bloqué le magasin d’Odysseum (le plus grand de la région) pendant plusieurs dizaines de minutes, le samedi, à une heure de très forte affluence. Si la majorité des personnes présentes se sont montrées favorables à l’action, comme souvent lors des blocages de centres commerciaux d’autres ont pu céder à la crispation et se montrer vindicatives ou agressives, bien qu’il était prévu par les organisateurs de laisser volontiers celles-ci pénétrer le magasin. Après avoir interrompu le blocage, les militants ont mené une démarche d’information auprès des clients à l’intérieur même du magasin.

Crédits photos : Photocratie pour LMDP

Du fait de cette très relative perturbation Décathlon a fait appel à deux équipages de la BAC (Brigade Anti Criminalité). En tout une dizaine de Policiers pour une trentaine de militant.e.s non violent.e.s. Merci Décathlon.

Extinction Rebellion Montpellier, dans son communiqué de presse, annonce son engagement ferme pour l’abandon du projet Oxylane, et informe Décathlon d’actions nouvelles à venir, dans une logique d’escalade. Comme avec l‘exemple de Fournès dans le Gard contre le projet d’Amazon, les luttes locales rencontrent l’adhésion de la population et se multiplient contre les projets économiques écocides des multinationales.

 

 

 

 

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