« Basta Corrida » : pendant la feria, mobilisation des anti-corrida à Béziers

Il en fallait de l’énergie pour braver la chaleur et les aficionados attablés aux terrasses des cafés biterrois. En ce troisième jour de feria, ielles étaient près de 150 personnes à Béziers à défiler à l’appel du Comité de Liaison Biterrois pour l’Abolition de la Corrida (COLBAC) et d’Alliance Éthique Montpellier, pendant plus de trois heures dans le centre-ville de Béziers, contre la corrida.

« Tous les ans, et pour la deuxième fois cette année, nous organisons une manifestation pendant le week-end de la feria spécifiquement », explique Sophie Maffre-Baugé, présidente du COLBAC. Il faut dire que ces manifestations « culturelles » qui attirent habituellement plusieurs milliers de personnes, sont construites autour de la célébration de la corrida, pratique qui, on le rappelle, « consiste en la mise à mort d’un animal sans d’autre but que le divertissement ». « Ce que l’on veut, c’est dénoncer les corridas qui ont lieu pendant la feria à Béziers, reprend Sophie, mais plus largement, nous réclamons l’abolition de la corrida sur tout le territoire national. » En effet, comme elle l’expliquait dans un entretien avec La Mule, le caractère cruel de la corrida est reconnu dans la loi, la pratique est même interdite… sauf dans 13 départements – dont l’Hérault – au prétexte d’une tradition ininterrompue. Derrière la banderole « Ici on tue – #stopcorrida », organisations, associations et partis politiques de lutte contre la cruauté animale étaient donc côte-à-côte sous le soleil de plomb. Parmi elles, la Fédération Brigitte Bardot et son porte-parole Christophe Marie, la co-fondatrice et co-présidente du Parti Animaliste Hélène Thouy, mais aussi les quatre principales associations nationales de luttes contre la corrida – Alliance Anti-Corrida, le CRAC, la FLAC et No Corrida –, ainsi que Paris Animaux Zoopolis, L214, One Voice ou Animalibre.

Tout au long de la mobilisation, dont le rendez-vous était donné dès midi au Parc de la Gare du Nord, les prises de parole des représentant∙es des différentes organisations se succèdent, emmenées en début de manif’ par le rappeur Res Turner, activiste de la cause animale. « La mairie de Béziers se prétend très attachée aux traditions, elle n’a pourtant pas hésité, au nom de la santé publique à enterrer deux années de suite la grande fête des Carritats (fête locale d’origine médiévale, ndlr). Mais enterrer la feria, enterrer les corridas, ça il n’en est pas question, clame au micro Robert Clavijon, militant notoire et ancien président du COLBAC. Pour la mairie de Béziers, les intérêts particuliers du milieu taurin passent avant les intérêts de santé publique ». Et en effet, comme l’année dernière, Béziers reste l’une des rares villes à avoir maintenu les spectacles pendant la crise du Covid. Même Madrid, ville qui compte l’une des plus nombreuses communautés d’afficionados a décidé de suspendre les corridas. À Béziers, pas question.

« La torture n’est pas notre culture »

C’est ainsi un cortège relativement hétéroclite, de militant∙es radicales ou plus modéré·es, parfois coiffé·es de cornes, ou de sympathisant·es politiques, qui progresse dans les rues du centre historique. Les applaudissements, klaxon d’approbations ou pouces en l’air de passant∙es plus nombreux·ses que les sifflets ou huées de quelques aficionados d’ores-et-déjà attablés au bar. Un verre vole, atterrissant à quelques mètres du cortège, ne faisant aucun dégât. Pour réagir ainsi à quelques slogans, peut-être se sentent-ils menacés. Ou est-ce simplement l’alcool. « Oui à la feria, non à la corrida. »

« Moi je suis venue parce que je trouve ça insupportable de voir ces animaux souffrir juste pour amuser quelques mecs, affirme Fiona, qui participe à sa première mobilisation anti-corrida en tant que citoyenne. Je suis issue d’une famille pro-corrida, et c’est un milieu que je n’ai jamais aimé, très sexiste et macho. Abolir la corrida, c’est non seulement mettre un terme à une des formes très violente de la souffrance animale, mais c’est aussi lutter contre le sexisme. C’est tout bénef’ quoi ! ».

Et les politiques locales aussi en prennent pour leur grade. Le parcours de la manifestation prévoyait deux arrêts, l’un devant la mairie, où siège actuellement Robert Ménard, et l’autre devant le siège de la permanence de la député Emmanuelle Ménard, tous les deux pro-corrida convaincus. Le premier s’est même illustré ces derniers jours par ses propos sur les militant∙es anti-corrida. « Ils ne représentent rien », « qu’ils aillent se faire foutre ». « Cela montre bien le mépris de Robert Ménard pour la souffrance animale, mais aussi pour les Bitterois∙es, dont on les sait majoritairement anti-corrida », réagit Sophie Maffre-Baugé. Alors malgré les demandes des activistes, il y a fort à parier que ce dernier ne sera pas celui qui interdira les spectacles à Béziers. Et pas grand-chose à espérer non plus du côté de la député héraultaise quand on sait qu’elle a « demandé l’inscription de la corrida au patrimoine immatériel de l’UNESCO, mais heureusement, l’amendement a été retiré avant même d’être débattu ».

Quoi qu’il en soit, c’est un bilan plutôt mitigé que tirent les organisateur∙ices de la mobilisation. « On a quand même de bons points positifs, notamment une belle énergie et beaucoup de motivation dans la manifestation. La présence de toutes les organisations est aussi une très bonne chose, puisqu’elle permet de porter la problématique des corridas au-delà du local. » Ielles regrettent cependant le peu de couverture médiatique de l’événement. « Ce qu’on veut, c’est médiatiser nos actions pour porter le sujet de la corrida dans le débat public. C’est pour ça que c’est regrettable que les médias ne se soient pas déplacés comme l’année dernière. » Autre déception, le peu de monde dans les rues du centre, à croire que la chaleur avait poussé les habitant∙es et touristes à ne pas sortir, limitant de ce fait quelque peu la visibilité de la mobilisation. Mais pas de quoi décourager les militant∙es, pour qui le rendez-vous est déjà pris pour l’année prochaine.







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