“Pas de Justice, pas de Paix !” – Montpellier unie contre le racisme et les violences policières

Il est 18h ce mercredi 3 juin 2020. La place de la Comédie est noire de monde, comme on ne l’en a pas vue depuis des mois à Montpellier. Énormément de jeunes sont là, mais aussi des plus vieux. A l’appel de plusieurs collectifs et organisations, plus de 5000 personnes (chiffre de la Préfecture) se sont réunies pour scander leur colère et leur indignation à l’égard d’une police gangrénée par une violence et un racisme dont le pouvoir assume l’impunité depuis des décennies.

Après la mort brutale et injuste de George Floyd, les participants à cette manifestation tenaient à marquer l’éclairage de cet événement tragique sur la situation en France : Adama Traoré, Aboubakar Fofana, Zied Benna et Bouna Traoré, Amine Bentousi, Liu Shaoyao, Mohamed Gabsi (décédé pendant le confinement à Béziers par syndrome asphyxique)… La liste des crimes racistes imputés à la police, ici infiniment loin d’être exhaustive, ne cesse malheureusement de s’allonger.

Au delà du racisme, c’est aussi la violence systémique qui est dénoncée, certains manifestants rendaient ainsi hommage à Cédric Chouviat, livreur décédé suite à un placage ventral également, à Steve Maïa Caniço, à Zineb Redouane, Rémy Fraisse, et aux nombreux gilets jaunes mutilés ou blessés… Comme le relève le site Rebellyon, la police a tué douze fois durant le confinement.

Après quelques dizaines de minutes où l’on a pu entendre retentir des slogans gilets jaunes, antifascistes, antiracistes, ou propres aux événements survenus à Minneapolis comme dans nos banlieues, le cortège s’est mis en branle pour une manifestation sauvage dans les rues du centre-ville, sans qu’aucune présence policière ne soit à constater, sauf pour sécuriser la Préfecture comme à l’habitude.

La police contre le peuple, une orchestration politique

Au fil des décennies et des lois sécuritaires engagées par les gouvernements successifs, les agents de police ont vu leur mission dévoyée au profit d’une politique du chiffre et de la communication politicienne. Face au déclassement social des banlieues, le premier réflexe de la droite au pouvoir a bien été de militariser la police et de lui donner blanc-seing dans l’expression de sa violence. Les quartiers ont ainsi été une sorte de laboratoire de la répression policière, qui s’est ensuite étendue aux mouvements sociaux ou écologiques.

La question, qui se pose pourtant souvent, n’est pas de savoir s’il y a de bons ou de mauvais policiers. Comme partout dans l’humain, si certains trouvent dans l’uniforme l’expression et la légitimation de leur propre violence, d’autres, très nombreux, exercent leur métier avec dignité, et certains tentent de résister contre la direction prise par l’institution, tant bien que mal, comme nous le relatait le policier et syndicaliste Alexandre Langlois. L’esprit de corps est très fort dans la police, et s’exprime souvent par le rejet voire la stigmatisation des agents qui oseraient remettre en cause la hiérarchie, pouvant aller jusqu’à un véritable acharnement.

Récemment, l’épouse d’un ancien policier, retraité depuis plus d’une dizaine d’années et devenu gilet jaune, nous confiait l’amertume et le désespoir face à l’évolution d’une institution dans laquelle la répression est venue remplacer totalement le maintien d’un lien serein avec la majorité de la population. Malgré les nombreuses preuves des violences policières qu’elles soient racistes ou non, malgré le dégoût de voir l’uniforme porté et aimé tant d’années devenir honni par le peuple, cet ancien policier se sent incapable de témoigner contre la maison. A la fois par dépit, et par attachement à celle-ci.

La question n’est donc pas de savoir s’il y a de bons ou de mauvais policiers, la réponse s’y trouve déjà. En revanche, c’est le caractère de validation, voire d’encouragement systémique par le pouvoir en place des violences policières et du racisme qui vient parfois les connoter, qu’il faut ardemment dénoncer, car c’est le vrai moteur de leur démultiplication au fil du temps. L’impunité organisée au travers de l’IGPN et de la soumission aveugle de certains procureurs ou préfets au pouvoir exécutif, la négation permanente de la réalité de la violence et du racisme, le surarmement des troupes censées exercer le maintien de l’ordre, sont ainsi les ferments de l’expression libre de la violence de certains policiers, mais aussi d’un racisme du lieu commun (plus de la moitié des policiers votaient RN aux dernières présidentielles) quand il n’est pas brutalement idéologique.

La question n’est pas de déterminer si un policier est raciste ou non, mais bien que l’exercice de son métier doit nécessairement exclure ses convictions ou ses croyances, quelles qu’elles soient, et à plus forte raison lorsqu’elles poussent à la violence ou aux discriminations. Les policiers se montrant racistes, violents ou les deux, doivent être systématiquement et lourdement punis, et écartés de l’institution. Parce qu’il en va de la dignité de ceux qui exercent correctement leur métier, éclaboussée sans cesse du sang versé par leurs collègues. Comme de la dignité de chaque être humain touché dans sa chair par la violence, le racisme et la discrimination.

Nouveau rendez-vous ce vendredi 5 juin

Après le succès de cette marche et l’union humaine qui a primé ce jour, les manifestants ont appelé en choeur à se réunir à nouveau vendredi, à 18h, sur la place de la Comédie, pour un nouveau rendez-vous fort contre la violence et le racisme policiers. Le nombre de jeunes présents ce mercredi témoigne d’un certain éveil des consciences chez les nouvelles générations, sur qui l’on peut compter pour rétablir elles aussi, le sens du mot fraternité dans notre pays. Nous sommes peut-être à l’aube d’un nouveau mouvement mondial allant vers plus de justice et d’humanité.

Photographies : Alix D.

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