Acte IV de la Marche des Solidarités : « Sans papiers, sans vie »

Après trois premiers actes de mobilisation, ayant abouti à une marche nationale et une manifestation réunissant des dizaines de milliers de personnes à Paris le 17 octobre dernier, la marche des Solidarités en soutien aux droits des sans-papiers vient de connaître un quatrième épisode avec des manifestations tenues en France à l’occasion de la Journée internationale des migrant·es. A Montpellier, une marche réunissant plusieurs centaines de personnes est partie de la mairie et s’est rendue dans une ambiance festive jusque devant la Préfecture.

Cette mobilisation s’inscrivait également dans la continuité de la troisième session des États généraux des migrations, qui regroupent des centaines d’organisations et associations oeuvrant aux côtés des personnes issues de l’immigration. Celles-ci avaient appelé en 2017 Emmanuel Macron à organiser ces États généraux, ce que le président avait jugé « pas nécessaire ». Qu’à cela ne tienne, tous ces acteurs se sont auto-organisés pour partager leurs constats et promouvoir leurs solutions.

Photos: Ricardo Parreira

La troisième session nationale des États Généraux des Migrations vient de se terminer. Au cœur de nos débats et de nos solutions de terrain : la liberté, l’égalité et la solidarité ; au centre de nos préoccupations : le respect des droits fondamentaux et de la dignité pour toutes et tous. Notre proposition : l’accueil, la régularisation pérenne et inconditionnelle des personnes étrangères et l’égalité des droits.

Au même moment, les forces de l’ordre, sous le commandement du Préfet de police de Paris, réprimaient violemment à Saint-Denis et à Paris des êtres humains démunis, au nom de l’État français. Et depuis le début de votre mandat, vous avez choisi, par délégation au ministre de l’Intérieur, de démanteler des camps, de laisser à la rue des hommes, des femmes et des enfants, de les priver de nourriture, de logement, d’éducation et de leur interdire de travailler. Votre politique marginalise des êtres humains en les obligeant à vivre dans l’illégalité et la précarité. Votre seule proposition : la répression extrêmement violente, la déshumanisation et l’humiliation des personnes exilées, le déni.

Alors que des collectifs de sans-papiers se sont montés dans de nombreuses villes, le milieu militant très mobilisé autour de cette cause n’a trouvé, au fil de ses initiatives, que le mépris d’un président Macron qui avait pourtant promis pendant sa campagne ne plus vouloir voir personne passer l’hiver à la rue. Mépris auquel ont répondu les choquantes scènes d’expulsion de la place de la République le 23 novembre, mettant en exergue la faillite de la France quant à ses obligations de protection des demandeurs d’asile.

Nous republions une partie de notre article sur la dernière marche des sans-papiers à Montpellier :

Welcome to France

Ayant souvent vécu avec l’image de la France pays des droits de l’Homme, que notre diplomatie, notre culture, nos médias, propagent avec fierté et condescendance partout autour du globe, ils et elles ont déchanté en arrivant sur le territoire, après avoir quitté des pays fracturés par les guerres civiles, les dictatures, l’extrême pauvreté ou le terrorisme, et pour certains, que l’Occident et la Chine pillent allègrement par l’entremise de leurs multinationales.

SPADA, GUDA, OFPRA, CNDA… Face au labyrinthe administratif dantesque du droit d’asile et de la régularisation (lire notre article), les sans-papiers n’ont accès ni à un logement décent ni au droit de travailler légalement, et sont souvent obligé·es de se loger dans des squats quand ils et elles ne dorment tout simplement pas dans la rue.

Partout, tout le temps, pour celles et ceux qui échouent dans le processus de régularisation ou n’y ont pas accès, le danger et l’inquiétude d’être “pris en charge” par la Police aux Frontières et transféré·es dans des Centres de rétention, véritables prisons pour migrant·es, parfois pendant de nombreux mois en attendant ou non une expulsion du territoire. L’isolement et la précarité traversent la xénophobie ambiante de la société. Sans l’appui des associations dont le travail militant est primordial, il est extrêmement difficile et incertain de mener à bien un processus de régularisation.

Premiers de corvée, corvéables à merci

Pourtant, les sans-papiers contribuent bel et bien à l’économie, en pourvoyant les postes du travail illégal qui n’a évidemment en rien disparu : rangement des terrasses, manutentions, cuisines des restaurants, ménages, etc… Cette économie informelle reste tabou bien qu’elle arrange un peu tout le monde, on peut parler de phénomène de “délocalisation sur place” de ces emplois mal payés dont personne ne veut (lire notre article : De Vintimille à Menton, le manège des frontières). Pendant le confinement, nombre de sans-papiers ont bel et bien continué de se rendre utiles, quand d’autres, n’ont pas eu le choix et ont perdu leurs emplois, sans chômage partiel ni rien pour subsister.

De plus, l’irrégularité catalyse violemment les risques subis par les femmes. Après les viols ou violences sexuelles parfois subies pendant la migration, nombre d’entre elles intègrent le tissu économique informel français en versant parfois dans des réseaux transnationaux de prostitution ou de travail illégal tel que ménages ou aide à la personne, “à l’ombre de la Loi et du droit“.

En Italie et au Portugal, de vastes campagnes de régularisation des sans papiers ont été menées suite à la crise du Covid19. En France, malgré de fortes mobilisations ces derniers mois, le gouvernement fait la sourde oreille. Encore une fois, nos gouvernants se distinguent par leur inhumanité, et notre pays par son incapacité à accueillir dignement des êtres humains sur son sol.







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